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 Lune Noire

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Kyte Eslavia
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Messages : 548
Date d'inscription : 04/05/2010
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MessageSujet: Lune Noire   Lun 4 Mar - 19:29

Et pourquoi pas une histoire de pirates hein ? xD *sort loin*

La Lune Noire
Introduction

Je m’appelle Reyan, mon nom de famille n’a pas réellement d’importance pour vous, de toute façon, il ne vous dira probablement rien. Ce que je vais vous raconter, c’est mon histoire, enfin, pas réellement. Je vais vous raconter mon histoire, celle des hommes qui ont fait de moi ce que je suis, celle du bateau qui a permis tout ça. Je pourrais simplement dire que c’est l’histoire d’une vie, de plusieurs. Je veux vous la raconter avant qu’il ne soit trop tard, avant que je ne me souvienne pas réellement de ce qui s’est passé, avant que je ne sois plus capable d’écrire, que mes mains tremblent trop. Avant que ma vue ne me permette plus de lire ce que j’écris. Je suis un vieil homme à présent, probablement pas pour vous qui lirez cela, mais pourtant, c’est le cas.

Je veux laisser une trace de ce que j’ai été, et de ce que je suis devenu, pour vous, pour les personnes auxquelles je tiens, et pour toutes celles que ça pourra intéresser. Je ne sais pas réellement si celles-ci seront nombreuses, mais je me devais de le faire, peut-être simplement pour pouvoir dormir comme il faut. Je ne sais pas réellement par où commencer, mon histoire remonte à plusieurs années maintenant, des années qui me semblent bien lointaines et tout à la fois, j’ai l’impression que c’était hier. Ma mémoire me fait peut être défaut, peut être que ce que je vais raconter n’est pas l’exacte vérité, mais c’est ainsi que moi je le vois. Enfin, c’est ainsi que je le ressens devrais-je plutôt dire. D’habitude les histoires commencent par « il était une fois » peut être que je devrais commencer la mienne comme ça aussi. Ou peut-être pas, après tout ça n’est pas un conte de fées que je vais écrire.


L’homme d’un certain âge posa sa plume, et laissa son regard errer dans la pièce. Il n’avait écrit que quelques lignes, et déjà il avait l’impression de se retrouver trente ans en arrière. Il laissa filtrer un soupir remplit de lassitude, avant de reposer les yeux sur sa feuille. Quelques lignes qui lui avaient pris bien trop de temps. Il n’était plus aussi alerte qu’avant pour écrire, et surtout, il avait l’impression que ses mots, ses écrits, ne reflèteraient jamais ce qu’il voulait transmettre. Raconter son histoire était quelque chose d’important pour lui, et il ne savait pas réellement comment s’y prendre. Un nouveau soupir lui échappa alors que vaincu, il posait la plume d’oie dont il c’était servi. D’ici à peu de temps ses petits enfants ne seraient plus dehors, mais à jouer entre les murs de sa maison, il n’était plus temps pour lui de chercher comment coucher sur papier son histoire. D’ici à quelques minutes, il le savait, c’était toujours ainsi, d’ici à quelques minutes, des petits pas se feraient entendre, et les deux garnements viendraient lui demander de leur raconter son histoire, une fois de plus. Et à nouveau, il s’exécuterait, mais il savait aussi qu’il ne leur raconterait jamais tout. Bien trop de choses n’étaient pas faites pour être dites devant des oreilles aussi innocentes.

Il tourna la tête vers la porte au moment même où celle-ci s’ouvrit, un sourire apparaissant sur son visage ridé alors que les deux enfants aux mêmes boucles blondes pénétraient dans la pièce en un tourbillon de rire.

« - Alors grand père, tu as fini ?! Ca y est ? »

Avec un air de regret, Reyan secoua la tête en réponse à celui qui venait de parler, et puis se remit à sourire alors que le second prenait la parole.

« -Alors ton histoire, elle est encore juste à nous ! Tu nous la racontes encore ? »

Un rire cristallin emplit l’air un instant, alors qu’une jeune femme pénétrait dans la pièce à son tour, esquissant un petit sourire d’excuse en direction du vieil homme.

« -Excusez les, ça fait déjà 10 minutes qu’ils tentent de nous convaincre de les laisser entrer pour venir vous voir. A croire qu’ils ne se lassent jamais de vous entendre raconter la même chose, encore et encore.
-Il n’y a rien à excuser. Leur curiosité est tout à fait louable et … j’aime beaucoup avoir quelqu’un à qui raconter tout ça … »
La jeune femme esquissa un sourire alors qu’elle prenait place avec ses enfants, attendant avec autant d’impatience qu’eux, que cet homme qu’ils appelaient grand père sans que pour autant ils n’aient le moindre lien de parenté, se mette à raconter, même si, contrairement à ses enfants, elle, elle savait qu’une partie de son histoire restait toujours profondément cachée dans son esprit. Peut-être un jour, lorsque les enfants seraient plus grands la leur raconterait-il en entier.

Reyan resta un moment silencieux, comme perdu dans ses pensées, alors que ses auditeurs attendaient patiemment, avant de finalement se lancer à mi-voix.

« -il y a plusieurs années de ça, quelqu’un m’a dit que quoi que fasse une personne, elle serait toujours considérée comme bonne par ceux qui tiennent à elle … »
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Kyte Eslavia
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MessageSujet: Re: Lune Noire   Lun 4 Mar - 19:31

I
L’Aliénor
(Reyan)
La première chose dont je me souviens, c’est une sensation de soif, impossible à soulager. Le genre de soif que je ne souhaite à personne de ressentir. J’ouvris péniblement les yeux, portant ma main à ceux-ci pour les protéger de la morsure du soleil. Sous moi du sable, tout autour de moi de l’eau et pourtant, pas la moindre petite goutte que j’aurai pu boire pour me soulager. L’eau salée de la mer était comme une torture de plus. J’avais tenté de la boire, me disant que peut être, malgré tout, elle pourrait calmer un peu la soif qui me brulait la gorge et commençait à me faire délirer, mais il n’en était rien, au contraire …

Je tentais une fois de plus de me lever, posant mon regard sur la vaste étendue bleu. Encore quelques heures et le soleil se coucherait une fois de plus. Je n’arrivais même plus à savoir combien de temps ça faisait que j’étais ici. Depuis combien de temps j’avais été jeté hors de mon bateau … au début, j’avais espéré que quelqu’un passe par là, qu’un navire me voit et vienne me récupérer, mais désormais, je n’aspirais plus qu’à la mort. Elle serait pour moi comme une délivrance, comme la fin d’un long calvaire. Si j’avais su … réellement su ce qui m’attendait après, peut-être même que cette mort que j’attendais, je me la serais donné moi-même. Lorsque l’ombre se dessina à l’horizon, je crus pendant un instant que je rêvais. Ça ne pouvait être qu’un mirage. Ça allait faire quelque chose comme une semaine que j’étais ici, je n’avais pu survivre que grâce à cet étrange coquillage, il m’avait permis de récupérer toutes les nuits le peu d’eau de rosée qui réussissait à apparaitre malgré la chaleur. Alors, la silhouette du bâtiment que je voyais approcher ne pouvait être qu’un mirage. Malgré tout, je me redressais comme je pus, et j’agitais les bras, surpris d’être encore capable de faire ce genre de mouvements. Pendant quelques instants je crus que le vaisseau ne m’avait pas vu, et puis, je le vis s’arrêter, et un petit canot fut mis à la mer et je m’écroulais. J’allais enfin être sauvé, mais je n’arrivais même plus à rester conscient pour voir le visage de mon sauveur. C’était comme si la tension, l’angoisse, la faim, la soif, tout me revenaient en pleine figure, d’un seul coup et je perdis conscience au moment même où le canot toucha la petite côte de sable où je me trouvais.

Reyan se tut un instant, reposant son regard encore bien aiguisé sur les visages attentifs de ceux qu’il considérait comme ses petits-enfants. Et puis, il esquissa un petit sourire, ça lui avait toujours paru étrange comme il était simple pour lui de raconter à ces enfants son histoire, alors qu’il était incapable de la mettre par écrit, et puis, il tourna la tête vers Mia, la fixant un instant. Avant de lui adresser un sourire.

« -Est-ce que tu pourrais m’apporter à boire mon enfant ? »

La jeune femme se leva en souriant, et quitta la pièce, le vieil homme attendit qu’elle revienne avant de reprendre le fil de son histoire, il savait que les enfants allaient s’impatienter, mais ça ne le dérangeait pas, une histoire est toujours meilleure lorsqu’elle est attendue avait-il l’habitude de dire. Lorsque finalement Mia revint, il la remercia, prenant le verre et la carafe qu’elle lui avait apportée. Elle savait qu’il allait lui demander, il le faisait toujours, et ça ne la dérangeait pas plus que ça, elle aussi elle aimait à entendre cette histoire, même si elle savait qu’il masquait toujours une partie de ce qui lui était arrivé, par respect pour les oreilles chastes qui l’écoutaient, mais aussi parce que certaines choses étaient bien trop personnelles pour être ainsi divulguées.

Lorsque je revins à moi, je n’étais à nouveau pas capable de savoir combien de temps c’était écoulé. Peut-être quelques minutes, peut-être quelques secondes, ou peut être plusieurs heures. Tout ce que je savais à cet instant c’est que la morsure du soleil semblait avoir disparu, et lorsque j’ouvris les yeux, je me rendis compte que l’obscurité n’était pas seulement dans mon esprit, mais bien dans la cabine où je me trouvais. Enfin cabine … c’était peut-être un bien grand mot. Je me redressais péniblement, la sensation de soif qui me brulait la gorge toujours bien présente, un peu comme si la brulure qui recouvrait mon corps avait atteint l’intérieur de celui-ci. Je serrais les dents avant de finalement m’arrêter une fois en position assise, et je portais mes mains à mes tempes.

« -J’ai … soif … s’il … »

Je ne sais pas réellement si quelqu’un m’a entendu, ou si ça a été le hasard, mais alors que ma voix me semblait aussi menue je me retrouvais brusquement avec un broc d’eau dans les mains et je ne cherchais pas plus. J’attrapais le récipient avec empressement, rendu maladroit par la soif, et la fatigue. Jamais eau ne m’avait paru aussi bonne que celle qui s’écoulait à cet instant dans ma gorge, le long de mon menton, je pouvais sentir l’eau réveiller les cruelles brulures que m’avait causées le soleil. Bien trop tôt à mon gout le broc me fut retiré et je laissais échapper un gémissement, avant de me rendre compte qu’il était vide. Le marin à mes côtés laissa échapper un petit rire, découvrant des dents jaunis et gâtées, avant qu’il ne me retente à nouveau le broc plein. Je ne sais pas combien de fois il fit ce geste, combien de brocs je vidais, avant que finalement la brulure dans ma gorge ait diminué.

« -Tu peux te lever ? Le capitaine veut te voir au plus tôt. »

Etonnement, je me rendis compte que ça n’était pas réellement une question, que je sois en état ou non, il allait falloir que je me lève. Je secouais légèrement la tête, et me redressais, tentant de faire fi de la pièce qui tanguait autour de moi, et je posais mes pieds sur le sol.

« -Je peux … je vais y arriver … »

Je fermais un instant les yeux, avant de me redresser en serrant les dents, tachant de rester neutre sous la douleur qui courait dans mon corps, et puis finalement je reposais mon regard sur l’homme, attendant qu’il me dise vers où il fallait aller. Un nouveau sourire orna les lèvres de mon « garde malade » alors qu’il me regardait faire sans prendre la peine de me proposer son aide. Maintenant que le soleil arrêtait de me cramer le cerveau, je commençais à me demander où j’avais atterri, quel était ce vaisseau et est-ce que j’allais être en sécurité ici ? Un ricanement monta de la gorge de l’homme alors qu’il se mit en marche d’un pas claudiquant, m’indiquant le chemin à suivre. C’était étrange, mais désormais que la soif ne me brulait plus la gorge, j’avais l’intime conviction de ne pas être à ma place ici, comme si les parois de bois du vaisseau suintaient quelque chose de maléfique. C’était plus fort que moi, je ne pouvais m’empêcher de laisser mon regard errer partout, comme si je voulais noter chacun des détails. Le soleil me fit plisser les yeux alors que nous émergions de ce qui ressemblait à une cale, et je restais un moment immobile, m’adaptant à la lumière aveuglante, avant que mes oreilles semblent se déboucher, les cris des hommes sur le vaisseau, le claquement du vent dans les grandes voiles blanches sans la moindre marque, le bruit même du bateau qui filait sur la mer. N’eut été ce pressentiment étrange qui me tenait, j’aurai apprécié l’endroit. A quelques pas de moi se trouvait un tonneau et je retins un léger sourire en voyant l’image clichée du tonneau rempli de pommes, mon estomac se rappelant à mon bon souvenir à cet instant même … en même temps que le marin qui m’accompagnait et qui me poussa en avant, sans réelle brutalité, mais sans délicatesse non plus. Comme s’il faisait ça tous les jours … Je me repris, et je le suivis en direction de l’escalier qui menait à la barre. Tout en haut, comme s’il était hors de portée, se trouvait un homme d’un certain âge, son apparence me parut étrange. Il laissait échapper la même aura maléfique que le bateau, à moins que ça ne soit de lui qu’elle soit venue dès le début. Une part de moi me disait de m’enfuir avant qu’il ne soit trop tard. Mais je ne pouvais pas, il n’y avait nul endroit où aller, et mes pas me portaient peu à peu jusqu’à lui.

J’avais du mal à détourner mon regard de son visage taillé à la serpe. Et lorsque je croisais le sien, je me sentis frissonner, l’impression de danger se faisant plus présente encore. C’était un peu comme regarder un mort dans les yeux. Son regard ne dégageait rien, absolument rien, c’était comme s’il ne me voyait pas réellement, alors que j’avais parfaitement conscience qu’il me jaugeait du regard en cet instant. Je ne sus plus quoi faire, et je m’immobilisais sur la première marche, n’osant plus monter jusqu’à lui. C’était comme si j’avais perdu la faculté de réfléchir, de me mouvoir, ou même de parler en me retrouvant aussi proche de lui. J’avais voulu le remercier de m’avoir sauvé mais … là … maintenant que j’étais devant lui, j’avais comme la conviction qu’il aurait peut-être mieux valu pour moi qu’il ne le fasse pas.

« -Approche. »

Sa voix n’était pas très haute, et tout aussi dénuée de sentiment que son regard, mais en même temps, c’était comme si un silence de plomb c’était abattu sur le navire. Je pouvais sentir mon cœur battre de plus en plus fort dans ma poitrine alors que mes jambes se remettaient en marche d’elles même, un peu comme si son ordre m’avait totalement soumis à lui. Mes jambes me paraissaient lourdes alors que je montais les quelques marches qui nous séparaient, avant de m’immobiliser devant lui en me mettant à me mordiller la lèvre nerveusement.

« -Ainsi donc, c’est toi que nous avons repêché … »

Je le suivis du regard alors qu’il me tournait autour, m’observant sans ciller, comme si j’étais totalement insignifiant, avant de finalement se replacer juste devant moi, et plonger son regard dans le mien.

« -Qu’est-ce que tu as à m’offrir pour que je ne te rejette pas directement à la mer ? »

Je restais … silencieux, et puis, je secouais légèrement la tête.

« -Je n’ai rien à vous offrir … je …
-Tu as quoi ? 13, 14 ans ? Comment as-tu atterri sur cet ilot ? Et comment est-ce que tu t’appelles ?
-Je m’appelle Rey … j’ai … 14 ans … je crois … »

Je ne sais pas pourquoi je ne lui ai pas donné mon vrai nom, peut-être était-ce un instinct de survie qui me faisait parler, mais j’avais l’intime conviction que ça n’était pas une bonne idée. Comme si une petite voix me parlait.

« -Je ne me souviens pas … tout ce dont je me souviens c’est le soleil si brulant et … la soif … Si … si vous ne m’aviez pas récupéré je serai mort … »

Le capitaine esquissa un sourire étrange, laissant apparaitre des dents bien plus blanches que celles du matelot qui m’avait accompagné, mais pour un peu, j’aurai pu croire que j’étais face à un requin …

« -Tu as donc une dette envers moi. Envers mon bâtiment. »

Son sourire se fit cruel avant qu’il ne reprenne la parole.

« -Bienvenue à bord de l’Aliénor, tu resteras ici tant que tu n’auras pas … payé ta dette envers moi. En attendant que je te trouve une utilité, le pont à besoin d’être nettoyé, Carl, montre lui où se trouve ce dont il aura besoin pour s’acquitter de sa tâche. »

Le matelot m’attrapa par le bras, et m’entraina avec lui, avant que la voix du capitaine ne se fasse entendre à nouveau.

« -Je suis Ladislas de Warwick, capitaine de ce vaisseau et au cas où tu te poses encore la question, nous sommes bien des pirates, je te conseille de ne pas trainer dans nos pattes en cas d’abordage, parce que personne ne prendra la peine de venir t’aider. »

Je tournais la tête vers lui, incapable d’articuler le moindre mot, je comprenais brusquement où j’étais, ce qui m’était tombé dessus. Je ne suis pas un expert en piraterie, enfin, à cette époque tout au moins je n’en étais pas un, mais j’avais déjà entendu parler de lui, qui n’en avait pas entendu parler ? Il était redouté dans toutes les mers, une légende courrait même à son sujet, son vaisseau était peuplé de fantômes, fantômes de ses victimes qu’il condamnait à lui obéir. J’avais la preuve sous les yeux qu’il ne s’agissait pas de fantômes, mais bien d’humains comme vous et moi, enfin … ça, ça reste toujours à prouver. Le mouvement sec sur mon bras me ramena à l’instant présent, et je suivis le marin appelé Carl. J’aurai voulu pouvoir me reposer un peu, mais je savais que ça n’était pas possible, si j’avais eu ne serait-ce que l’idée de demander, je me serai retrouvé aussitôt à nourrir les requins qui nageaient tout autour du vaisseau. Lorsque la brosse m’atterrit dans la main, j’eus l’impression d’être piégé, et pourtant, ça n’était que le début.

Reyan s’interrompit une nouvelle fois, posant un regard clair sur les enfants qui buvaient littéralement ses paroles, il les jaugea un instant, semblant se demander ce qu’ils étaient en âge d’entendre et ce qu’il devait passer sous silence, mais pour une fois, il avait réellement envie de tout raconter, réellement tout. Mia sembla comprendre, et lui adressa un léger sourire, avant de se lever.

« -Allez les enfants, il est temps d’aller se coucher, dites bonne nuit à Grand Père, vous aurez droit à la suite de l’histoire demain. »

Après quelques protestations, les enfants s’exécutèrent, et quittèrent la pièce à la suite de leur mère. Pendant ce temps, Rey attrapa à nouveau sa plume, et sans que cette fois il sache réellement pourquoi, il remit sur papier tout ce qu’il venait de raconter. C’était comme si quelque chose c’était débloqué en lui. Il s’avait que Mia allait revenir pour écouter la suite et à ce moment-là, il pourrait lui demander de prendre sa plume pour marquer ce qu’il allait dire. Il lui restait un peu de temps, un peu de temps pour remettre ses idées en place, pour savoir ce qu’il pouvait réellement raconter, en toute décence, à la jeune femme et ce qu’il devrait passer sous silence. Il ne se rendit pas compte tout de suite qu’elle était revenue, et sursauta en sentant sa main sur son épaule, avant de tourner la tête vers elle en souriant.

« -Si tu ne veux pas écouter, dis le moi, je comprendrai. »

Doucement, la jeune femme posa un doigt sur les lèvres du vieil homme, lui adressant un sourire doux et tout à la fois compréhensif.

« -Ca n’est pas comme ça que ça marche Reyan, ce n’est pas ce que j’ai envie d’entendre qui compte, c’est ce que vous, vous êtes capable de raconter à quelqu’un comme moi. Je connais votre histoire, comme tout le monde dans la ville, par les on-dit, par les rumeurs, je ne les ai jamais crues, moi, tout ce qui m’intéresse, c’est ce que vous vous avez réellement vécu, ce dont vous avez besoin de parler, ce dont vous ne voulez surtout pas vous souvenir. Je ne vous jugerai pas, quoi que vous me racontiez.

-C’est … tout ce que j’avais besoin d’entendre … Tu veux bien ? »

D’un petit geste, Rey lui désigna la plume qu’il avait abandonné, et en hochant la tête, la jeune femme s’en empara, s’installant de façon à écrire et à l’écouter en même temps. Reyan resta un moment silencieux, et puis il inspira à fond avant de se remettre à parler.

J’ai passé la première semaine à bord à nettoyer tout de fond en comble, à croire que personne ne l’avait jamais fait, peut-être même que personne ne l’a fait non plus après que j’ai arrêté, en fait, c’est même sûr, pourquoi se donner la peine de tout nettoyer en permanence ?

Le premier abordage auquel j’ai assisté à eu lieu une semaine après que j’ai été récupéré sur mon ilot. Je ne sais pas réellement à quoi je m’attendais, mais certainement pas à la violence de cet instant.

Des cris, des bruits d’épées s’entrechoquant, des coups de feu même, une odeur de fumée, de sang … j’avais l’impression que tout se mettait à tourner autour de moi, comme si le temps c’était accéléré, et puis je me suis souvenu alors que la peur m’étreignait, souvenu que le capitaine m’avait dit de en pas trainer dans leurs pattes s’il y avait un abordage, alors j’ai arrêté de lutter contre la peur, et je suis allé me cacher dans la calle. C’était la première fois que je m’enfonçais aussi profondément dans les entrailles du vaisseau, tout ce que je voulais, c’était m’éloigner du bruit des combats, de l’odeur de la mort qui imprégnait peu à peu le pont. L’idée qu’après ce serait à moi de tout nettoyer me fit frissonner, et je tentais de l’oublier avant qu’elle ne s’infiltre trop en moi.

Je ne savais pas réellement où j’étais, l’obscurité environnante me troublait, je n’avais jamais eu peur du noir jusqu’à présent, mais tout était oppressant ici, comme si quelque chose y était caché, quelque chose que personne ne devait trouver, et durant un instant je me dis que je n’aurais pas dû être ici, et que si quelqu’un me trouvait j’allais avoir des ennuis. Et puis, je me dis aussi que vu comme l’équipage du bateau était occupé je n’avais pas de soucis à me faire, du moins pour le moment. Je clignais un moment des yeux, cherchant à m’habituer à l’obscurité, apercevant difficilement les détails de l’endroit où je me trouvais, et ma première pensée fut que j’étais dans une prison. Il y avait des espèces de grilles partout, comme des cages. Des chaines terminées par des menottes étaient accrochées au mur par endroit, toutes vides. Je déglutis en me rendant compte que j’étais réellement dans une espèce de prison, j’étais là où l’équipage mettait les prisonniers qu’ils faisaient … quand ils en faisaient. Je crus entendre un bruit venant d’un coin plus obscur encore que les autres, et je sursautais en me tournant dans sa direction, avant d’aller me planquer derrière l’un des piliers qui soutenaient le plafond de la cale. J’avais l’impression d’être épié, peut-être par un fantôme … je n’avais jamais été superstitieux, et je ne le suis pas réellement maintenant non plus, pourtant, j’étais quasiment sûr que la cale était vide et pourtant, je sentais un regard sur moi … Je pointais le nez de derrière ma cachette, cherchant à percer l’obscurité une fois de plus, avant de sortir, m’approchant de ce coin si sombre. J’étais persuadé que ce qui m’observait était là-bas, tout au fond, c’est pour ça que je ne pris pas réellement garde à ce qui pouvait se trouver dans les cages, et que je m’approchais peut être un peu trop près de l’une d’entre elles. Et là, tout se passa très vite, je laissais échapper un cri aigu en sentant des bras m’attraper et me plaquer contre la grille. J’avais fermé les yeux sous le choc, et durant un moment je n’osais pas les rouvrir, avant d’entendre un rire amusé tout contre mon oreille.

« -Je me demandais si tu allais t’approcher … Trouillard …
- La…lâchez-moi … »

Je tentais de me débattre, le contact du métal froid contre mon dos était désagréable, mais pas autant que la sensation de son bras autour de mon cou. J’avais fui le combat sur le pont, et je me retrouvais coincé là … avec je ne sais pas trop qui.

« -S’il vous plait !?
-Je ne savais pas qu’il y avait des gamins sur cette vieille carcasse flottante.
-Et moi je savais pas qu’il y avait quelqu’un ici ! S’il vous plait, lâchez moi je vous ai rien fait. »

Je sentis un instant le souffle du prisonnier effleurer mon oreille alors qu’il laissait échapper un nouveau rire avant de me relâcher. Je fis un bond en avant, avant de me retourner vers mon « agresseur » le souffle court.

« -Allons, allons, ne fais pas cette tête, tu dois bien t’imaginer que je ne peux rien te faire enfermé comme ça. Tu n’es quand même pas trouillard à ce point ? Si ? Si c’est le cas, pourquoi est-ce que tu es descendu ici ? Je suis sûr qu’il y a quelques fantômes qui ont envie de te chatouiller les plantes de pieds.»

Je ne sais pas comment il faisait, mais il se foutait de moi allégrement, et ce malgré la position dans laquelle il se trouvait. Je remontais mon regard jusqu’à son visage masqué par l’ombre et par la crasse, et avant de m’en rendre compte je me fis happer par ses yeux. Noirs comme l’encre, moqueurs par moment, et froids à d’autres, mais en même temps, ils semblaient bien plus vivants que ne le seraient jamais ceux du capitaine de L’Aliénor. Je me mordis la lèvre, avant de secouer la tête.

« -Les fantômes ça existent pas … Pourquoi vous êtes enfermé ici ? »

J’avais conscience que je devais paraitre naïf, mais j’avais du mal à comprendre … le nouvel éclat de rire qui échappa à l’homme alors qu’il allait se caler contre le fond de la cage me tira un frisson.

« -Comment est-ce que tu as atterri ici toi ? T’as rien d’un pirate … Je dirai même … que tu me fais penser à un fils de bonne famille. T’as fait une petite crise d’ado et tu as fugué ? »

Je plissais légèrement le nez, comment pouvait-il dire ça simplement en me regardant ? Mais un bruit dans mon dos me dispensa de répondre et je me retournais, avant de reculer un peu à la vue du nouveau venu.

« - Tient, tient, je me demandais où était mon invité imprévu, et je le trouve avec mon autre invité. C’est vrai que le navire n’est pas grand, et comme ton corps n’était pas sur le pont, tu avais du te planquer comme le trouillard que tu es Rey.
-Warwick … c’est rare que tu descendes jusque-là pour venir me voir. Ma compagnie te manquerait-elle ? »

La situation me paraissait étrange, l’homme dans la cage ne cessait de fixer le capitaine de l’Aliénor, qui lui-même ne me quittait pas du regard, et moi … je les regardais tour à tour, ayant de plus en plus la conviction que je n’aurai pas dû me trouver là. Comme pour me convaincre, la voix de Warwick retentit dans le silence qui c’était installé, claquant comme un ordre, comme à chaque fois.

« -Remonte nettoyer le pont, il en a bien besoin. »

Je me sentis frissonner, et après un dernier coup d’œil aux deux hommes j’obéis, entendant simplement le prisonnier me souhaiter bonne chance et …

« -Eh petit, s’il te prend fantaisie de redescendre, apporte moi à manger en même temps. »

Je ne pris pas la peine de répondre, une part de moi se promettant de ne jamais redescendre ici, alors qu’une autre se trouvait bien curieuse et voulait en savoir plus. Ne serait-ce que le nom de ce drôle de bonhomme qui ne semblait pas avoir peur malgré sa situation.

Lorsque je me retrouvais à l’air libre, j’inspirais à fond, pensant faire disparaitre l’odeur de renfermé de la cale, mais c’était sans compter sur ce qui venait de se produire sur le pont. L’odeur métallique du sang me frappa de plein fouet, et lorsque je laissais mon regard errer sur le pont, je sentis l’horreur me faire frissonner. Le bois était devenu sombre sous l’effet du sang, des corps jonchaient encore le sol, c’était continuait de gémir et je pouvais voir les membres de l’équipage prendre un plaisir malsain à achever les blesser, même ceux qui suppliaient pour avoir la vie sauve. A quelques encablures de là, le vaisseau que nous avions abordé n’était plus qu’une silhouette rouge, les flammes la dévorant sans la moindre pitié. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai réellement pris conscience de là où j’étais, du côté réellement mauvais des personnes qui me côtoyaient. Jusqu’à cet instant, je n’aurai jamais cru qu’on puisse faire preuve d’autant de cruauté, et là j’avais sous les yeux quelque chose que je n’aurai jamais cru possible. Je laissais mon regard errer sur le pont, j’étais censé tout nettoyer mais je ne savais pas par où commencer, je ne savais même pas si j’aurai le courage de toucher à tous ces corps… et puis, je vis l’un des matelots me regarder, et prendre un balai et … sans pitié je le vis pousser les corps à la mer avant qu’il ne vienne jusqu’à moi.

« -C’est comme ça qu’il faut faire. »

Il me fourra le balai dans les mains, avant de retourner à ce qu’il faisait sans même me regarder. J’avais l’impression que mon cœur allait me sortir de la poitrine tellement il battait fort … pourtant … je pris sur moi, et je commençais à copier ses gestes. Je tentais d’imaginer qu’il ne s’agissait que de bouts de bois, d’énormes et de lourds bouts de bois … des bouts de bois qui gémissaient lorsqu’ils sentaient le balai les pousser, des bouts de bois qui criaient faiblement avant d’entrer en contact avec l’eau … Je pouvais sentir des larmes couler sur mes joues alors qu’en même temps je tentais de fermer mon esprit à tout ce qui se passait autour, de faire comme si je ne voyais pas les gens que je venais de pousser à l’eau tenter d’échapper aux requins qui tournaient autour du bateau … Je ne voulais pas devenir comme eux … jamais … c’est aussi à cet instant que je me suis promis de quitter l’Aliénor dès que j’en aurai l’occasion …

Je ne sais pas combien de temps il m’a fallu pour déblayer le pont de tous ces morts, et je ne veux même pas le savoir, ça n’était que la première fois que j’avais à faire ça, mais pas la dernière. La première fois d’une longue lignée. Lorsque je m’arrêtais, les seuls traces de ce qui venaient de se passer ce trouvaient sous la forme d’auréoles plus sombres qui marbraient le bois. Du sang … encore et toujours, partout …

« -Quand tu auras fini, dans ma cabine, je crois qu’il faut qu’on ait une petite discussion tous les deux. »

Je sursautais en entendant la voix du capitaine si proche de moi. Je ne l’avais pas entendu arriver, et je me contentais de hocher la tête en l’entendant, essuyant mes joues humides d’un revers de la main, avant de le suivre du regard alors qu’il allait s’enfermer dans ce qui lui servait de cabine. Je ne savais pas ce qu’il me voulait, et je n’avais pas envie d’y aller, pourtant, je savais qu’il n’attendait pas le moindre refus de ma part, ni de la part de personne d’ailleurs. Je me remis à mon nettoyage, le cœur un peu plus lourd à chaque fois que je faisais disparaitre une trace … à moins que je ne me contente de l’étaler pour donner une teinte plus sombre à tout le pont. Ça me prit un temps fou, et finalement le soleil avait commencé à décliner quand je pus en toute conscience arrêter ce que je faisais pour aller voir ce que Warwick me voulait. Je fis un détour par le tonneau à eau, plongeant ma tête dedans pour tenter de me rafraichir et surtout de me donner du courage, avant de me diriger vers la cabine. J’eus l’impression que le bruit lorsque je tapais contre le chambranle de la porte résonna dans tout le navire, et l’ordre d’entrer claqua, comme à chaque fois que le capitaine s’adressait à moi. J’avalais difficilement ma salive avant d’obéir, refermant la porte derrière moi en me mordillant la lèvre.

« -Tu en as mis un temps … »

C’était plus une constatation qu’autre chose, il n’attendait pas de réponse, jamais il n’attendait une réponse, il se contentait de dire, de commenter, d’ordonner, comme un roi qui régnait sur le petit univers qu’était son bateau. En le voyant s’approcher de moi, je me mordis la lèvre un peu plus fort, retenant un mouvement de recul. Je me crispais alors qu’il me tournait autour en silence, semblant me jauger du regard, et puis finalement il se planta devant moi, ancrant son regard d’acier au mien, comme s’il cherchait à m’enfoncer dans le sol simplement grâce à celui-ci.

« -Tu as fui la scène du combat ? C’est pour ça que tu étais dans la sous cale ? »

Il s’approcha un peu de moi alors que je tentais d’ouvrir la bouche pour lui répondre, mais c’était un peu comme si les mots refusaient de quitter mes lèvres, et je me retrouvais à simplement hocher la tête. Incapable de faire quoi que ce soit d’autre que le regarder, c’était comme s’il m’écrasait de sa présence, je fis maladroitement un pas en arrière, cherchant à reprendre une certaine distance avec lui alors qu’il tendait la main, m’attrapant le menton.

« -Tu es un trouillard … comme une fille … et tu fais le ménage, comme une fille aussi, je me demandais encore ce que je pouvais faire de toi, mais je crois que j’ai trouvé. »

Je ne compris pas ce qu’il voulait dire … pas sur le moment, et je posais un regard où la peur se mêlait à l’incompréhension sur lui, jusqu’à ce qu’il m’attrape, me lance littéralement sur son lit et vienne me surplomber. A cet instant je sentis les vapeurs d’alcool qui empreignaient son haleine et je plaquais mes mains sur son torse, cherchant à le repousser loin de moi.

« -Vous êtes saoul ! Je suis pas une fille poussez-vous ! »

Je me sentis frissonner en l’entendant me rire au nez pour toute réponse, j’avais eu peur en me faisant attraper par l’inconnu dans la cale, mais ça n’était rien par rapport à la terreur qui m’étreignait le cœur en sentant les mains de Warwick déchirer mes vêtements. Un hoquet m’échappa alors que des larmes fuyaient mes paupières.

« -Je … je vous en prie … arrêtez ça … s’il vous plait ! »

Je continuais de tenter de le repousser, mais c’était comme essayer de bouger un mur. Plus je poussais et plus j’avais l’impression qu’il s’amusait. Plus grand, plus fort, trop fort … ses mains sur moi me tiraient des couinements, et je tentais de le frapper en désespoir de cause. Au travers de mes larmes je le vis se redresser et m’attraper les poignets d’une main, alors que de l’autre il détachait sa ceinture, je me mis à me tortiller alors que je comprenais qu’il s’apprêtait à m’attacher.

« - Ca pourrait se passer tellement facilement …
-Je veux pas … pitié … »

Je l’entendis claquer de la langue alors qu’il m’immobilisait finalement, les bras levés au-dessus de la tête, et se penchait pour m’observer, exactement comme il aurait observé un bout de viande. J’eus l’impression que la suite dura une éternité, j’avais mal … tellement mal … je sentais ses mains sur moi sans que je ne puisse rien y faire, j’avais l’impression que j’allais manquer d’air, comme si j’allais mourir. Peut-être que ça aurait été pour le mieux … comme ça … je n’aurai plus eu à souffrir … plus jamais …

J’ai rapidement perdu le compte du nombre de fois où il me viola cette nuit-là, ça n’était que la première d’une longue série. Des fois je me retrouvais attaché dans sa cabine plusieurs jours de suite, et des fois il me laissait en paix … Mais je pouvais le sentir dans mon dos, comme une ombre en permanence, quoi que je fasse.


Reyan se tut un moment, comme s’il était rattrapé par son passé, une expression douloureuse sur le visage. Doucement Mia tendit une main et lui effleura la joue, récoltant l’une des larmes que le vieil homme avait laissé apparaitre, cherchant à le faire revenir à l’instant présent.

« -Reyan ? Vous n’êtes plus un enfant, il n’est plus qu’un démon qu’il vous faut exorciser. »

Avec un sourire triste Reyan posa ses émeraudes sur le visage de la jeune femme, y cherchant inconsciemment les traits de quelqu’un d’autre, avant de laisser échapper un soupir.

« -Je suis désolé … je pensais que je n’aurai pas de mal … Je ne devrai pas te forcer à endurer ça … tu ne dois pas avoir envie de l’entendre.
-Si. »

Le ton de la jeune femme était catégorique alors qu’elle posait un regard tendre mais sévère sur lui, continuant de lui caresser la joue avec douceur.

« -Je veux pouvoir raconter votre histoire à mes enfants, à mes petits-enfants, et peut être même aux enfants de ceux-ci. Vous êtes pour moi ce qui s’approche le plus d’un père, et il est normal que je connaisse l’histoire de ma famille. Je suis prête à entendre tout ce que vous aurez envie de me raconter, maintenant, demain, dans plusieurs jours, quand vous vous en sentirez le courage, mais surtout, ne pensez pas que je n’ai pas envie d’entendre ça. Peut-être que je ne serai pas capable de tout entendre, mais dans ce cas-là ça n’est pas que je ne voudrai pas.
-… Merci … »

L’homme resta silencieux un moment, comme s’il tentait de rassembler ses idées, de leur donner une forme que Mia n’aurait pas de mal à coucher sur le papier, avant de reprendre d’un ton aussi neutre qu’il en était capable.

Ça devait faire une semaine que Warwick me laissait tranquille, je ne sais pas réellement pourquoi, mais je n’allais pas aller lui poser la question, j’avais appris à le connaitre, et à savoir que si j’osais faire une remarque de ce genre, ça se retournerait contre moi. Je ne sais pas vraiment pourquoi je fis ça, mais je pris une pomme dans le tonneau, ce même tonneau que j’avais repéré le jour où j’avais été ramassé sur mon ilot. Et après avoir regardé autour de moi pour être sûr que personne ne me surveillait, je me glissais dans la cale. Certains de mes mouvements étaient rendus gauches par ce que m’avait fait subir le capitaine lors de la dernière fois où il m’avait « invité » dans sa cabine comme il disait, et la descente fut plus compliquée que je ne m’y étais attendu. Malgré ça, je me retrouvais à nouveau dans cette sous cale à l’apparence de prison. Je ne savais même pas si le prisonnier était toujours là, peut être que Warwick allait s’en être débarrassé …

Avec hésitations je m’approchais du fond de la cale, là où je savais, ou plutôt là où je pensais qu’il allait être, et je fus accueilli par un petit sifflement mi amusé, mi surpris.

« -Je ne pensais pas sérieusement que tu reviendrais me voir. Généralement quand quelqu’un arrive ici par erreur je ne le revois jamais. »

Je tournais la tête dans la direction de la voix en me mordillant la lèvre, me sentant à nouveau happé par ce regard noir qui semblait si vivant. Et sans trop y penser je lui tendis la pomme que j’avais prise dans le tonneau. L’entendre rire me fit rougir sans que je sache pourquoi et je me mordis un peu plus fort la lèvre, ma main tendue vers lui tremblant légèrement.

« -Alors tu es réellement revenu pour moi. Approche, tu es trop loin pour que je puisse la prendre regardes. »

Comme pour me prouver ce qu’il venait de dire, il tendit le bras au travers des barreaux, me montrant qu’il ne pouvait réellement pas prendre la pomme. J’hésitais un peu avant de m’approcher, me sentant frissonner lorsque ses doigts effleurèrent les miens pendant qu’il prenait la pomme. Je reculais dès qu’il l’eut, lui tirant un nouveau rire.

« -Merci. Dis-moi petit, si je te fais tellement peur, pourquoi est-ce que tu es revenu ?
-Je … Je ne sais pas …
-Hum … tant pis, merci pour la pomme, mais fais attention de ne pas te faire prendre si tu recommences, tu aurais des ennuis. »

Je hochais légèrement la tête, continuant de me mordiller la lèvre, avant de m’asseoir le dos contre l’un des piliers, et je restais silencieux en me contentant de l’observer durant un long moment, sans qu’il ne semble s’en formaliser. Au bout d’un moment, il s’était même assis en face de moi, ne me quittant pas du regard non plus alors qu’il jouait avec sa pomme.

« -Pourquoi … pourquoi vous êtes enfermé ici ? »

Je le vis sourire dans la semi obscurité, puis pencher la tête.

« -On va faire un marché, je réponds à une de tes questions, et tu réponds à une des miennes en échange, d’accord ? »

J’hésitais un instant, avant de finalement hocher la tête.

« -Très bien, puisque tu as posé ta question en premier je réponds, mais si tu ne réponds pas à la mienne, je ne réponds plus aux tiennes, compris ? Je suis un trophée de chasse, et Warwick pense qu’en me gardant en vie il peut se faire mousser auprès des autres pirates. Ca va ? J’ai répondu à ta question ?
-O…oui … Alors … c’est à vous maintenant ?
-Hum hum, c’est à moi. Ne flippe pas comme ça, je vais commencer par une question simple, comment est-ce que tu t’appelles ? »

Je restais un peu idiot pour le coup, avant de lui sourire timidement, cessant de me mordiller la lèvre.

« -Reyan. Reyan d’Azel … Et vous ? »

Je le vis tiquer légèrement en entendant mon nom, et son regard se fit soudainement plus sérieux, comme s’il me jaugeait.

« -Tu ne dois répéter ça à personne sur ce bateau, tu as compris ? »

Il attendit que j’acquiesce, avant de me sourire.

« -C’est pour ta sécurité que je dis ça petit, d’accord ? Et pour te répondre, je suis Yann Courtier, capitaine de la Lune Noire. Maintenant je voudrai savoir, comment est-ce que tu as atterri ici ? Sur ce navire je veux dire. L’Aliénor n’a rien d’un bateau de plaisance.
-Je me souviens pas réellement … Je vous le jure. Je me suis retrouvé sur un petit îlot … tout seul … j’avais soif … et j’avais peur … j’ai cru que c’était un mirage quand je l’ai vu arriver … et il s’est arrêté. Quand je suis revenu à moi j’étais ici.
-Hum … Tu ne te souviens vraiment pas de ce qui s’est passé avant ? Oh … excuses moi, c’était à toi de poser une question. »
J’esquissais malgré moi un sourire en l’entendant s’excuser, et je secouais la tête avant de reprendre la parole.

« -Je me souviens pas non … la première chose dont je me souviens c’est que j’avais vraiment soif … très très soif. Et … pourquoi il vous a fait prisonnier le cap …
-Caches toi ! »

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne me suis pas posé de questions, et je suis allé me cacher derrière des tonneaux, un peu plus loin dans la cale. Juste à temps pour ne pas être vu alors que Warwick arrivait dans la cale à son tour, seul.

Je ne sais pas pourquoi Yann m’a protégé ce jour-là, ni même pourquoi il a continué après. Tout ce que je sais c’est que je suis heureux qu’il l’ait fait … Je pouvais entendre de là les railleries de Warwick, mais je pouvais aussi entendre les réponses cinglantes de Yann. Je ne pouvais pas m’empêcher d’être impressionné. Moi je n’aurai jamais osé lui répondre comme il le faisait.

« -Tu sais pourquoi je suis descendu ici au fait ?
-Histoire de pouvoir profiter de ma belle gueule peut être ? A moins que je ne te manque ?
-Oh non, ni l’un ni l’autre, je voulais juste te faire part d’une rumeur assez étrange. Il paraitrait qu’un trois mats, avec de grandes voiles noires, a été vu à plusieurs miles d’ici. Oh, tu as l’air intéressé à ce que je vois, mais ne te fais pas d’illusions, s’il s’approche de nous, je le ferai envoyer par le fond, sans la moindre hésitation. A moins peut être que je ne me l’approprie. Tu en penses quoi ?
-J’en pense, que tu vois bien trop grand par rapport à tes capacités, j’en pense que si j’étais toi, si je tenais à la vie, au lieu d’être là à te pavaner comme un paon je mettrai le plus de distance possible entre lui et ton vaisseau, parce que s’il te rattrape, et il le fera si tu ne bouges pas ton cul, tu seras un homme mort dans peu de temps. »

Même de là où j’étais, je pouvais sentir l’atmosphère changer. Bien que prisonnier, enfermé dans cette espèce de cage, Yann ne semblait pas craindre le capitaine de l'Aliénor, même mieux, l’annonce du vaisseau à quelques miles semblait l’avoir revigoré, et un court instant j’eus l’impression que les deux hommes n’étaient plus au même niveau. C’était un peu comme si les deux hommes ne jouaient pas au même niveau. Un rictus mauvais apparut sur le visage de Warwick en entendant la réponse, et il s’approcha un peu plus de la cage, ne quittant pas son prisonnier du regard.

« -Tu es pourtant culoté … Il me semble que c’est toi qui es enfermé dans une cage, pas moi, c’est toi qui es prisonnier, il serait bon que tu n’oublies pas que tu es encore en vie simplement parce que je le souhaite.
-Allons, allons, je suis encore en vie parce que ça te permet de te vanter ~ »

Rageur, je vis le capitaine de l'Aliénor envoyer son poing en direction du visage de Yann et malgré moi je plaquais mes mains sur ma bouche pour ne pas laisser échapper le moindre son. Pourtant, il suffit à Yann un mouvement en arrière pour se mettre hors de portée et en même temps je vis sa main jaillir et attraper Warwick. Inconsciemment je me tassais un peu plus sur moi-même, cherchant à rester aussi discret que possible.

« -J’ai beau être prisonnier, je te suis supérieur dans tous les domaines Ladislas Warwick, dans absolument tous les domaines. »

Je le vis le repousser et se reculer sans pour autant cesser de fixer le capitaine de l’Aliénor du regard.

« -Allé, retournes jouer au petit chef, tu n’es pas assez intéressant pour moi. »

J’eus l’impression de voir Warwick se décomposer, comme ça, d’un coup, et je restais immobile alors que sa colère semblait envahir la pièce.

« -Je vais prendre plaisir à te détruire, en commençant par envoyer par le fond ce vaisseau auquel tu tiens tant. Et je vais faire en sorte que tu puisses assister à la scène, à la première place. »

Je ne sais pas si j’étais le seul à avoir cette impression, mais il me semblait que ce qu’il disait semblait glisser complétement sur le capitaine de la Lune Noire. Comme si rien ne pouvait l’atteindre. Et il ne broncha pas quand l’homme au regard d’acier quitta la cale, restant un long moment immobile, les yeux fixés sur l’escalier qu’il ne pouvait voir de là où il se trouvait, avant de finalement se tourner vers l’endroit où j’étais caché.

« -Tu devrais remonter avant d’avoir des ennuis, il ne va pas être de bonne humeur et je m’en voudrai si ça te retombait dessus. »

Je hochais doucement la tête en m’extirpant de ma cachette, passant à côté de lui, je sursautais en le sentant m’attraper le bras pour me faire arrêter et je relevais les yeux vers lui, partagé entre une certaine crainte des contacts et ce sentiment qu’à lui je pouvais faire confiance.

« -Tu reviendras me voir ? Ca me ferait plaisir, réellement.
-Si … si vous voulez. »

C’est étrange, mais le sourire qu’il m’adressa me procura une sensation de chaleur agréable, il était rassurant, et il me lâcha en me faisant un clin d’œil.

« -Hésites pas à me ramener une autre pomme en même temps. »

Malgré moi je souris à mon tour en hochant la tête, et je me détournais finalement de lui, ressortant au grand jour aussi discrètement qu’il était possible sur le grand vaisseau.

Les deux semaines qui suivirent furent assez étrange. Je les partageais entre la cabine du capitaine à pleurer sous ses assauts, et la cale avec un autre capitaine qui ne devait même pas imaginer le bien qu’il me faisait en me racontant ses histoires. Et puis, ce jour-là je vis quelque chose qui me fit oublier la prudence lorsque je descendis le voir.

« -Yann ! Yann ! Il y a des mouettes qui se sont posés sur un des étais, ça veut dire qu’on n’est pas loin de la terre hein ?! »

Je posais les mains sur les barres de métal froid, plongeant mon regard dans le sien en attente de son assentiment. J’avais réellement envie de l’entendre me dire que je ne me trompais pas, pourtant en voyant le sourire un peu triste qu’il m’adressa je me rendis compte que je me faisais des illusions.

« -On approche peut être d’une terre, mais on ne s’y arrêtera pas. Warwick ne prendra pas le risque d’apponter avec moi à bord et La Lune Noire aux fesses. Je suis désolé …
- Alors … je ne pourrai pas partir ? Si on s’approche je peux peut être sauter et …. »

Je vis Yann me faire signe que non, et tendre la main pour la poser sur ma tête, avant de figer son geste, et pour la première fois depuis que j’avais pris l’habitude de venir le voir, je le vis pâlir, subitement et alors que j’allais lui demander ce qu’il avait, un rire s’éleva dans mon dos. Je sentis un frisson parcourir mon échine alors que je me tournais lentement, jusqu’à pouvoir voir Warwick en personne se tenir en bas de l’escalier.

« -Je n’y croyais pas lorsqu’on m’a dit que mon jouet était allé se perdre dans la cale, mais je vois que c’était vrai. Et en plus, tu penses pouvoir me quitter comme ça ? »

J’aurai bien aimé pouvoir me reculer en le voyant s’approcher de moi, mais j’étais déjà collé contre la grille, Yann dans mon dos. Je sentis sa main m’effleurer, comme pour me donner du courage, alors que Warwick s’immobilisait devant moi, m’attrapant le menton sans douceur.

« -Tu ne peux pas m’échapper, jamais, tu m’appartiens. Tu ne pourras pas partir tant que tu n’auras pas remboursé ta dette et ça, ça n’est pas prêt d’arriver … »

Je serrais très fort les poings, retenant tant bien que mal un petit couinement en l’entendant, j’avais peur et en même temps, je ressentais une espèce de honte, sans que je sache pourquoi. Après tout je n’étais pas responsable de ce qui m’arrivait, mais en même temps, j’aurai voulu que le capitaine de la Lune Noire ne soit jamais au courant de ça. Je sursautais en sentant un bras se glisser autour de ma taille, m’enserrant légèrement, mais sans brutalité. Comme une protection, et lorsque je baissais les yeux, je me rendis compte que c’était Yann qui me tenait.

« -Tu n’es qu’un lâche …
-Peut être … mais ici c’est moi qui commande, moi et moi seul. Et lui, il m’appartient. »

Je me sentis tiré en avant, et j’atterris tout contre lui en laissant échapper un cri étouffé, mon cœur battant de plus en plus fort sans que je ne puisse me maitriser. J’avais tellement peur que j’aurai pu me mettre à pleurer comme ça, sans pouvoir m’en empêcher. Tout ce que je voulais, c’était rentrer chez moi, pas me faire entrainer, comme c’était le cas en ce moment, en dehors de la cale. Je savais comment ça allait se terminer, je savais où ça allait se terminer. Je trébuchais sur un rouleau de cordes, et je sentis la main qui me tenait serrer un peu plus fort, m’empêchant de tomber et me forçant en même temps à monter l’escalier jusqu’à la cabine.

« -S’il … s’il vous plait … me faites pas mal …
-Mais non … tu vas voir, tu vas adorer … »

Je laissais filtrer un couinement en me retrouvant propulsé dans la pièce, le bruit de la porte se refermant derrière moi me fit monter les larmes aux yeux. J’allais passer un sale moment, et j’étais littéralement mort de trouille, je n’arrivais même pas à me débattre lorsqu’il me déshabilla, ni même quand il m’attacha au lit comme il avait l’habitude de le faire. La seule chose que j’étais capable de faire en cet instant, c’était pleurer toutes les larmes de mon corps … une fois de plus … j’eus mal la première fois, puis la suivante … et toutes les suivantes … J’avais l’impression que j’allais mourir … que jamais il n’allait me laisser en paix. Je perdis rapidement le compte et même la notion de temps, des minutes, des heures, des jours … j’étais et je suis toujours bien incapable de le dire, tout ce que je sais, c’est que ce qui l’a arrêté c’est un coup de canon … et un cri …

« -Capitaine ! Capitaine ! On est attaqué, la Lune Noire nous attaque ! »

Reyan se tut, reposant son regard émeraude sur la jeune femme qui n’avait cessé d’écrire, attendant qu’elle finisse sa page.

« -Je ne sais pas réellement ce qui s’est passé pendant l’attaque … je pense que quelqu’un d’autre serait plus à même que moi de la raconter …
-Quelqu’un comme moi ? »

Les deux personnes présentes dans la pièce sursautèrent, ni l’une ni l’autre n’ayant entendu le nouveau venu arriver, et malgré lui, Reyan sourit en hochant la tête …
« -Oui … quelqu’un comme toi … »
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MessageSujet: Re: Lune Noire   Lun 4 Mar - 19:33

II
La Lune Noire
(Yann)

Il y a des instants où j’ai aimé Warwick, il y en a d’autres où je l’ai haï, il y en a aussi où je l’ai méprisé, mais jamais, jamais je n’avais ressenti une telle aversion envers lui. Je savais déjà depuis longtemps que les sentiments qu’il avait pu avoir, de pitié, d’amitié, voir même d’amour avaient disparu depuis de nombreuses années, mais je n’aurai pas cru qu’il était tombé aussi bas. Son expression victorieuse, contrastait étrangement avec l’air désespéré du gamin. Je n’étais pas naïf au point de ne pas me douter de ce qu’il lui faisait subir, mais étrangement, l’avoir quasiment sous les yeux avait fait naitre en moi une rage que je n’aurai pas soupçonnée. Si je n’avais pas été dans cette cage, j’aurai tué le pirate de mes mains, au moment même où il avait ouvert la bouche, malheureusement je ne pouvais rien faire, rien du tout. Pour le moment … je serrrais les poings, crispant mes mains sur les barreaux à m’en faire blanchir les jointures. J’avais trouvé plus prudent de ne pas l’ouvrir, mais maintenant que j’étais à nouveau seul, je me faisais l’effet d’un lâche … Sauf qu’il ne fallait pas que je me fasse d’illusions, si j’étais intervenu le sort du gamin aurait probablement été pire, enfin ça c’est ce que je me plaisais à croire … Parce qu’après tout, rien ne me le prouvait, tout comme rien ne me prouvait qu’il en aurait été autrement.

J’esquissais un rictus un peu cruel en voyant le matelot m’apporter à manger, restant à distance comme s’il avait peur que je lui refile je ne sais qu’elle maladie contagieuse. Je le raillais tout le temps qu’il resta là, sans qu’il ne réponde. Je savais que j’impressionnais, je savais aussi que parmi l’équipage de l’Aliénor certains auraient été heureux de s’enfuir, mais je savais aussi, et c’est probablement encore le cas maintenant, qu’aucun d’entre eux ne s’y risquerait jamais. Le type repartit aussi silencieusement qu’il était venu, avant qu’il ne me prenne l’idée de demander des nouvelles du gosse. C’était étrange comme je pouvais avoir envie de le voir. Il arrivait à m’apporter une certaine fraicheur malgré la situation dans laquelle je me trouvais. Oh, je ne me faisais pas de soucis, je savais pertinemment que lorsqu’ils auraient réparé les dégâts que l’Aliénor avait causé à mon vaisseau, mon propre équipage se ferait un malin plaisir de réduire ce vaisseau en cendres, et j’attendais ça avec une impatience de plus en plus grande. Warwick ne devait pas imaginer à quel point il m’avait fait plaisir en me parlant du vaisseau aux grandes voiles noires. Il ne devait pas imaginer non plus le danger qu’il courrait à ne pas s’être éloigné aussi vite qu’il le pouvait.

Il ne c’était passé que quelques heures depuis le moment où Warwick avait fait une intrusion dans ma cale, quelques heures qui m’avaient parues une éternité, mais qui avaient dues sembler encore plus longue à Rey, et je ne pus retenir un frisson de pur plaisir en entendant l’alerte être donnée. Enfin, j’avais attendu ce moment avec impatience, mais là, c’était carrément devenu une urgence. Je me redressais, attrapant les barreaux de ma prison en me mettant à tirer dessus, cherchant à faire rompre les boulons déjà rouillés par l’eau et le sel qu’elle contenait. Je m’étais déjà amusé plusieurs fois à faire remarquer à Warwick qu’il aurait dû mieux entretenir son vaisseau, et à chaque fois il c’était ri de moi, heureusement pour moi … sinon il ne m’aurait pas été si facile de sortir de là …

En quelques pressions bien assenées je réussis à faire sauter l’une des plaques, et il ne me fallut pas bien plus de temps pour faire disparaitre les autres. Au moment où j’allais remonter à la surface, je vis une silhouette connue apparaitre en haut des marches, et malgré moi j’esquissais un sourire heureux.

« -Kal !
-Capitaine ! Bon sang on pensait que tu étais mort !
-C’est mal connaitre l’égo du maitre des lieux ça. »

J’esquissais un sourire amusé au jeune homme blond, attrapant sans me faire prier le sabre qu’il me tendait. Et comme pour le rassurer je fis quelques moulinets, avant de le suivre à la surface. Il me fallut un instant pour m’habituer au soleil, je plissais les yeux, avant de tourner la tête vers lui.

« -Une attaque en plein jour hein … C’était ton idée ou celle de Jess ?
-Hum, celle de Jess, et puis, il n’est pas dans nos habitudes d’agir en étant cachés, ce n’est pas maintenant que nous allions commencer, surtout que nous sommes juste là pour récupérer quelque chose d’important. »

Je hochais légèrement la tête, avant de regarder autour de moi. C’est fou comme tout avait l’air de s’être passé vite. L’équipage de l’Aliénor ne semblait plus en état de se battre, et même mieux, Ladislas Warwick avait été mis hors d’état de nuire. Une part de moi regrettait que ce ne soit pas mon œuvre, mais en même temps, une telle occasion se reproduirait forcément, et à ce moment-là …

« -On peut y aller Yann ?
-Oui … non attends, j’ai quelque chose à faire avant. »

Je vis mon second froncer les sourcils d’un air perplexe, et je me contentais d’un sourire, avant de m’approcher de Warwick que l’un de mes hommes tenait en respect. Je croisais les bras, souriant un peu plus devant son expression haineuse.

« -Je t’avais prévenu n’est-ce pas ? Je t’avais dit de mettre le plus de distance possible entre mon vaisseau et le tien. Avant qu’il ne soit trop tard pour toi. Il serait facile pour moi de t’envoyer par le fond, maintenant, sans que tu ne puisses rien y faire. Mais je vais être magnanime. Et pour cette fois je vais te laisser repartir, mais la prochaine fois que je te croise, je te fais disparaitre une bonne fois pour toute, compris ?
-Que de belles paroles, avoues que tu as simplement peur de me tuer, rien de plus.
-Non. La peur ne fait pas partie des choses que je connais. Par contre, avant que je ne parte, dis-moi où est le gamin. »

J’esquissais un petit sourire en voyant son rictus moqueur, je n’attendais pas de réponse, et je n’en eus pas, après tout, pourquoi l’aurait-il fait ? Sous le regard un peu surpris de mon second, je me détournais, prenant la direction de la cabine du capitaine, je savais où j’allais trouver Rey, ma question n’avait été que pure rhétorique, une façon comme une autre de lui donner une chance de racheter un peu ses crimes. Même si je savais à quoi m’attendre en ouvrant la porte, je retins difficilement un frisson, et je clignais plusieurs fois des yeux, comme si je voulais être sûr de ce que je voyais.

Je m’approchais lentement, comme si je m’étais approché d’un animal blessé, mais il ne me fallut pas longtemps pour me rendre compte qu’il avait perdu conscience à demi et qu’il n’était pas en état de se défendre. D’un coup de sabre je tranchais ses liens, avant de l’envelopper dans une couverture puis de le prendre dans mes bras.

« -On s’en va d’ici petit. »

Je lui souris en le voyant entre ouvrir les yeux pour me regarder, et le serrais contre moi en quittant la pièce. Je secouais la tête pour couper court à toute question de la part de Kal en le voyant me fixer d’un air interrogatif.

« -Une fois à bord, donne l’ordre aux canonniers de viser les mâts, je veux que ce fils de p*te ne puisse pas partir d’ici avant un bon moment. »
Comme à son habitude je le vis hocher la tête, m’indiquant qu’il avait compris, alors sans un regard en arrière, je retournais sur mon navire, mon précieux paquet serré contre moi. Je ne sais pas réellement pourquoi je l’ai emmené avec moi sur La Lune Noire ce jour-là, mais je ne l’ai pas regretté. J’accompagnais le gosse toujours inconscient jusqu’à ma propre cabine, le posant sur mon lit en silence, avant de ressortir, prenant un plaisir quelque peu malsain à assister à l’attaque de mon vaisseau contre l’Aliénor. Le sifflement des boulets de canon, et le craquement des mats avaient quelque chose de jouissif, et j’attendis de voir les dégats avant de donner l’ordre de déployer les voiles, un léger sourire aux lèvres.

« -C’est bon d’être rentré n’est-ce pas capitaine ? »

Je tournais la tête vers le nouveau venu, lui adressant un sourire chaleureux bien que je sache pertinemment qu’il ne pouvait pas le voir.

« -A un point que tu n’imagines même pas Jess, je ne sais pas comment tu as fait pour que le bateau soit remis en état aussi rapidement, mais tu as droit à toutes mes félicitations.
-Je n’allais pas vous laissez pourrir dans les cales de l’Aliénor pendant des mois, ça aurait été indigne de vous. Et puis, j’en avais assez d’entendre dire que vous étiez mort … »

Je continuais de lui sourire, et je posais ma main sur son épaule, pressant légèrement.

« -Donnez les voiles, il faut qu’on s’éloigne d’ici avant qu’ils se souviennent qu’ils ont eux aussi des canons, ça m’embêterait qu’ils fassent des dégâts sur mon bébé que vous venez juste de réparer. »

J’entendis un rire discret échapper à mon tacticien, avant qu’il ne se tourne pour me faire face pour de bon, posant son regard aveugle sur moi.

« -J’ai entendu dire que vous aviez volé quelque chose à Warwick, vous ne craignez pas ses représailles ?
-Hum, je devrai, mais au final je m’en moque. Si je l’avais laissé là-bas, je n’aurai pas valu plus que lui. Et puis, ce gamin n’avait rien à faire là.
-Qui est-ce ? »

Je savais que la curiosité de Jess n’était pas mal placée, il se contentait de me poser les questions que tout le monde avait dû se poser en me voyant rapporter ce gamin, mais malgré moi je fronçais les sourcils.

« -Si quelqu’un te le demande, tu auras qu’à lui dire que tu ne le sais pas, d’accord ?
-Très bien capitaine. »

Je vis à son expression que ma réponse l’avait blessé, et je tendis la main pour effleurer sa joue, le forçant à tourner la tête vers moi. Quand bien même ne voyait-il pas, j’avais toujours préféré le voir fixer ma direction plutôt qu’autre chose lorsque je lui parlais.

« -Tu n’as pas à te faire de soucis, il ne présente pas un danger, d’accord ? »

Je le sentis hésiter, avant qu’il n’hoche légèrement la tête. Ça n’était pas réellement une réponse, mais je savais que dans l’état actuel des choses, c’était le mieux qu’il puisse faire. Je restais un moment à le fixer, avant de laisser filtrer un petit soupir en reportant mon attention sur la forme étrange du vaisseau sans mat dont nous nous éloignons. Jess resta un moment immobile à mes côtés, avant de faire volte face pour s’éloigner.

« -Je suis content de te « revoir », réellement. »

Je passais rapidement ma main dans ses cheveux, avant de le laisser partir, et puis j’allais me poser juste à côté de la barre, là où était ma place. Et je laissais mon regard errer sur mon équipage, bon sang que c’était bon d’être là, parmi eux à nouveau, et surtout que c’était bon de sentir le soleil sur moi après le temps que j’avais passé enfermé. Je fermais les yeux un petit instant, savourant le vent et les embruns, avant de sourire comme un idiot en reposant les yeux sur mon équipage.

« -Vous avez fait un sacré boulot, et je suis très content que vous soyez venus me rechercher les amis, vraiment, maintenant il va falloir aller faire ce pourquoi nous sommes doués ! »

Je ne retins pas un sourire satisfait en entendant la clameur qui me répondit, les affaires reprenaient, enfin !

Après un dernier coup d’œil à mon équipage, je laissais la barre à mon second pour retourner voir mon invité, il était temps que je prenne de ses nouvelles.

Lorsque je m’approchais de la porte, j’hésitais un court instant, est-ce que je devais frapper ou pas ? Et puis, finalement je ne le fis pas, après tout j’étais chez moi ici, et j’ouvris la porte, clignant des yeux pour m’habituer à l’obscurité ambiante. Je laissais filtrer un petit soupir en voyant la forme toute pelotonnée sous mes couvertures, et je m’approchais de la petite fenêtre, tirant le rideau pour laisser le soleil pénétrer dans la pièce, avant de venir m’asseoir sur le rebord du lit.

« -Je sais que tu es réveillé, tu veux bien me montrer ton visage s’il te plait ? Que je sois sûr de ne pas avoir récupéré un gnome sur ce vaisseau. »

Je souriais légèrement en le sentant bouger, avant qu’une tête brune n’apparaisse hors de la couverture et que ce regard émeraude que j’avais déjà eu l’occasion de noter ne se pose sur moi.

« -Où est-ce que je suis ?
-Sur mon vaisseau, sur la Lune Noire, tu n’as pas de soucis à te faire. »

Je le vis se redresser un peu, comme pour voir si je ne lui mentais pas il regarda tout autour de lui, et je souris doucement.

« -Je sais que ça doit être très ressemblant à là d’où tu viens, mais ne t’inquiètes pas, ici il ne t’arrivera rien.
-J’ai pas … j’ai pas peur … »

Je laissais échapper un petit rire en l’entendant, avant de me redresser.

« -Tant mieux alors. Tu peux rester ici un peu si tu veux. Il y a des vêtements dans l’armoire, sers toi quand tu voudras te lever.
-Qu’est-ce que vous allez faire de moi ? Et pourquoi vous ne m’avez pas laissé là-bas ?
-Hum … ça je ne sais pas encore … Je pourrai peut être te débarquer à un port si tu le souhaites, le seul problème c’est que ma tête est mise à prix et que ça serait dangereux pour moi … Honnêtement je n’y ai pas pensé … Si on croise un navire qui vient du même endroit que toi je pourrai peut être te débarquer dessus. »

Je le regardais se mordiller la lèvre sous mes réponses, avant de lui sourire doucement.

« -Quand à savoir pourquoi je ne t’ai pas laissé là-bas, la question ne se pose même pas, j’aurai été aussi mauvais que Warwick si j’avais fait ça. Tu voulais y rester toi ?
-Non non !
-Alors tu vois, la question ne se posait même pas. Je vais te laisser te reposer un peu, mais n’hésites pas à sortir si tu en as envie, l’équipage te regardera peut être un peu bizarrement, mais tu n’as rien à craindre. »

Je me redressais, lui jetant un dernier coup d’œil avant de quitter la cabine. Le fait qu’il ait repris connaissance et qu’il ait l’air toujours aussi curieux était plus qu’assez rassurant pour moi, et je n’avais pas besoin d’en voir plus. Et puis, mon équipage m’avait manqué, et même si j’aimais bien ce gamin ça n’était pas pareil. J’allais m’accouder au bastingage, observant avec une fierté non dissimulée ses hommes que j’avais réussi à unir sous une seule bannière : la mienne. Chacun avait son histoire, sa fierté, et pourtant je savais pouvoir compter sur chacun d’entre eux, si le besoin s’en faisait sentir ils formaient le meilleur équipage que je n’avais jamais eu et je n’avais qu’un espoir, que ce soit le dernier. Je sentis un regard insistant sur moi, et je tournais la tête en direction de mon second, l’air un peu interrogatif. Celui-ci s’approcha de moi, et s’accouda à son tour, sans cesser de me fixer d’un air sérieux.

« -Arrête de me regarder comme ça, tu risquerais de me faire rougir …
-Idiot … Evite de dire des choses qui pourraient prêter à confusion. Alors capitaine, t’es entier ? Rien de cassé ?
-Mais rien entre toi et moi n’est en mesure de prêter à confusion, ne te fais donc pas de soucis à ce sujet. La seule chose qui en a pris un coup c’est mon honneur, sinon je suis indemne, et je suis très content que vous soyez venu me récupérer.
-Parce que tu penses qu’on aurait pu te laisser en plan là-bas ? C’est vexant ça …
-Vous auriez très bien pu croire qu’il m’avait tué … ou vous dire qu’un capitaine qui se laisse capturer aussi facilement n’a pas sa place ici. »

Je plongeais mon regard d’ébène dans celui, clair, de celui que je considérais plus comme un ami que comme un subordonné, guettant sa réaction. Je le vis froncer les sourcils et … tenter de m’envoyer son poing dans la figure. Malgré moi je laissais échapper un petit rire en lui attrapant le poing au vol, avant de pencher la tête.

« -T’es pas d’accord avec ce que je viens de dire ?
-Bien sûr que non crétin ! Pour quoi est-ce que tu nous prends sérieusement ?! Qu’est-ce qu’on aurait valu si on avait laissé notre capitaine croupir dans une cale sans chercher à le récupérer ?
-Eh bien … vous auriez simplement été des pirates qui auraient profité d’une occasion unique de mettre la main sur un vaisseau.
-Stupide … Si c’est réellement ce que tu penses tu me déçois Yann. »

Je continuais de le fixer un moment, avant de relâcher sa main en secouant la tête.

« -Non, si je pensais ça je ne serais pas resté à vous attendre. Parlons plutôt technique, il reste des réparations à faire ? Ou vous êtes venus à bout de tous les dégâts ?
-Hum, il y a encore quelques petits trucs à faire, mais rien qui ne nous empêche de naviguer. Par contre on va avoir besoin de refaire nos provisions dans pas longtemps, on c’est surtout occupé des dégâts matériels et on a un peu laissé de côté l’aspect « faut qu’on mange » … on était pressé de te récupérer.
-Alors il va falloir qu’on accoste quelque part … à moins qu’on ne trouve une poule aux œufs d’or flottante. »

Je continuais de le fixer alors que Kal tournait le dos à la mer, se collant contre le bastingage pour observer les mouvements des matelots. Je savais rien qu’à son expression qu’il réfléchissait, et puis finalement je le vis se tourner vers moi à nouveau.

« -Je ne sais pas si c’est une très bonne idée d’attaquer un navire qui passe dans l’état actuel des choses, on pourrait commencer par trouver un port tranquille et s’y arrêter, en plus ça ferait du bien à l’équipage.
-Très bien … »

Je plissais un peu le nez, me disant en même temps qu’à moi aussi ça ne me ferait pas de mal.

« -Mais dis-moi Kal … où sommes-nous précisément ? Je dois avouer qu’avec le temps que j’ai passé enfermé dans cette fichue cale je n’ai pas la moindre idée du nombre de miles que j’ai parcouru.
-Hum … on doit être à quelques miles seulement des Antilles, on pourrait s’arrêter là-bas quelques temps.
-Du soleil, de la chaleur … des filles … ça devrait en satisfaire plus d’un. »

Je l’entendis pouffer alors que sans qu’il s’en rende compte il posa son regard sur l’un des hommes présents à bord, et malgré moi j’esquissais un petit sourire en coin, avant de porter machinalement mon regard en direction de la cabine, comme si j’avais été prévenu par un 6ème sens et je laissais échapper une petite exclamation en voyant la porte entre-ouverte, et une frimousse à peine perceptible qui semblait épier l’extérieur. Kal se sortit de sa contemplation pour suivre mon regard, et pencha la tête.

« -Dis-moi, tu comptes faire quoi de cet invité surprise ? Le garder à bord ? Le larguer dans le premier port où nous irons ?
-Très sérieusement, je ne me suis pas posé la question … je ne pouvais simplement pas le laisser sur l’Aliénor … J’aviserai réellement le moment venu, en fonction de ce qu’il aura envie de faire probablement.
-Hum … C’est toi le capitaine … Mais permets moi de te rappeler tout de même qu’un bateau de pirates comme le nôtre n’est pas prévu pour les civils, ni pour les enfants.
-Je sais Kal, je sais ne t’inquiètes pas. Je n’ai pas l’intention de le garder à bord. Il faut simplement que je réfléchisse au meilleur moyen de le débarquer, alors en attendant il restera ici.
-Bien sur … je ne sous entendais pas qu’il fallait le larguer n’importe où.
-Je l’espère … Bon allé, cap sur les Antilles ! »

Kal hocha la tête et me quitta, reprenant son poste à la barre, donnant ses ordres pour faire prendre au vaisseau la bonne direction, et j’entendis rapidement quelques vivats alors que les gens prenaient conscience de l’endroit où nous allions. Je ne pus retenir un sourire, visiblement j’avais eu raison d’arrêter mon choix sur le port plutôt que sur un vaisseau, se retrouver sur la terre ferme leur ferait visiblement autant de bien qu’à moi. Je reportais mon attention sur la porte de ma cabine, observant la silhouette qui se dessinait dans l’entrebâillement sans pour autant oser se montrer totalement. Je restais un long moment à le regarder, avant de finalement me décoller de ma barrière et m’approcher de lui. Je vis la silhouette disparaitre alors que j’arrivais devant la porte, et je laissais échapper un petit soupir en l’ouvrant.

« -Te planques pas … »

Je laissais mon regard errer sur lui, les sourcils légèrement froncés sans pouvoir m’en empêcher. Et après un dernier coup d’œil, je me dirigeais vers l’armoire qui trainait là, me mettant à fouiller dedans pour lui trouver des fringues.

« -Tu risques de flotter un peu dedans, mais ça sera mieux que ce drap, une fois habillé tu pourras sortir si tu veux. »

Je lui adressais un petit sourire, attendant qu’il ait pris ce que je lui tendais, avant de sortir à nouveau de la pièce, me callant contre la paroi juste à côté de la porte. Je n’étais pas sûr qu’il allait sortir une fois habillé, mais je l’espérais réellement. Finalement, ma patience fut récompensée, car la porte s’entre ouvrit à nouveau, et je souris en tournant la tête vers lui.

« -Je … peux réellement sortir ?
-Bien sûr, tu n’as rien à craindre, personne ne te fera rien ici.
-On est … sur votre vaisseau ?
-Exactement, sur la Lune noire. Tu veux visiter un peu ? »

En le voyant hocher la tête, je souris un peu plus et me redressais, l’entrainant vers l’avant du bateau.

« -Dis-moi Rey, qu’est-ce que je peux faire de toi ?
-Faire de moi ? »

Je restais un moment silencieux, le fixant d’un air un peu pensif, avant de reprendre la parole dans un soupir.

« -Je ne peux pas te garder à bord n’est-ce pas ? Et je ne peux pas te débarquer n’importe où non plus, alors ma question est simple : je fais quoi de toi ?
-Je voudrai rentrer chez moi.
-Ca je le sais. Et je sais aussi que je n’ai pas l’intention de te garder prisonnier, le problème c’est que je ne peux pas te laisser n’importe où, et que je ne peux pas accoster non plus n’importe où.
-Oh …. »

Je pus le voir réfléchir, et je tendis la main pour effleurer sa tête, avant de jeter un coup d’œil à l’équipage, cherchant quelqu’un du regard.

« -Viens avec moi. »

Je le vis me jeter un coup d’œil perplexe, avant qu’il n’obéisse et me suive. Sans détour j’allais jusqu’à mon tacticien, j’avais dans l’idée que ça allait probablement faire des étincelles au début, mais il fallait quelqu’un pour veiller sur le gosse le temps qu’il s’habitue à l’endroit et moi je n’aurai pas le temps.

« -Jess ?
-Hum ? Qu’est-ce qu’il y a capitaine ? »

Je penchais la tête en le voyant me fixer, moi, et juste moi, et sans ciller j’attrapais Rey, le placant entre le jeune homme brun et moi.

« -Reyan je te présente Jess, Jess est-ce que tu pourrais t’occuper de lui le temps qu’il s’habitue à la Lune Noire s’il te plait ? »

Je le vis baisser la tête, cherchant instinctivement où se trouvait l’adolescent, avant qu’il ne remonte son regard jusqu’à moi.

« -Si vous voulez. Tant que c’est calme que je n’ai pas grand-chose d’autre à faire.
-Merci Jess. Rey, sois gentil avec lui d’accord ? »

J’avais noté le petit pincement de lèvres de mon tacticien et surtout le fait qu’il c’était remis à me vouvoyer, preuve que soit il n’appréciait pas réellement la tâche que je venais de lui confier, soit qu’il n’était réellement pas à l’aise. J’esquissais un petit sourire en voyant le gamin hocher la tête en guise de réponse alors que Jess croisait les bras, continuant de regarder dans ma direction, et finalement, en voyant l’air chargé d’incompréhension de Rey je me mis à rire, m’attirant un marmonnement boudeur de Jess.

« -Si tu te contentes de hocher la tête vous allez avoir du mal à communiquer tous les deux. Allé, je vous laisse, j’ai des choses à faire moi. »

Je n’arrivais pas à faire disparaitre mon sourire amusé alors que je m’éloignais en posant un court instant ma main sur l’épaule de Jess avant de rejoindre Kal à la barre. Les sourcils froncés du blond ne me firent que sourire un peu plus et je penchais la tête en le fixant.

« -Fais donc attention, à les regarder comme ça tu vas oublier de surveiller ta trajectoire.
-Pff … crétin … Pourquoi tu l’as casé dans les pattes de Jess ?
-Parce que ça leurs fera du bien, à l’un comme à l’autre … Tu en doutes ? Et puis Jess se posait des questions à son sujet, il aura peut-être des réponses.
-Humpf … Eh bien moi, je reste sceptique sur ce qui va se produire … Et peut être même un peu curieux en fait.
-Eh eh … tu auras qu’à lui demander de te faire des confidences ~ »

Je vis sa peau hâlée prendre une teinte un peu étrange, et je me mis à rire pour de bon alors qu’il me lançait un regard assassin. D’un geste je lui fis signe de me laisser sa place à la barre, lui jetant un petit coup d’œil moqueur.

« -Va les chaperonner si tu veux.
-Je commence à me demander si j’aurai pas mieux fait de te laisser dans la cale de l’Aliénor …
-Je t’aurai trop manqué … non ? »

Je lui jetais un petit coup d’œil de côté, et je ne pus m’empêcher de rire en le voyant lever les yeux au ciel, avant de me planter là pour aller rejoindre les deux autres. Sentir le bois de la barre sous mes doigts me procura un plaisir certain, ça faisait bien trop longtemps à mon gout que je n’avais pas été dans cette position … bien bien trop longtemps.

Le trajet jusqu’aux Antilles ne nous pris pas énormément de temps, en deux jours nous arrivâmes en vue des côtes. Et il nous fallut moins de temps encore pour trouver le petit port où nous pouvions débarquer sans que la Lune Noire et ses voiles ne soient aussitôt dénoncées aux autorités.

« -En priorité on refait les stocks du bateau, et après vous avez deux jours pour vous, ok ? »

J’attendis d’avoir un assentiment de la part de mon équipage, avant de les laisser partir, chacun savait parfaitement ce qu’il avait à faire, quant à moi … Je me tournais vers Kal et Jess qui n’avaient pas bougé, puis vers Rey qui était resté là aussi.

« -Vous venez avec moi tous les trois ?
-Tu risquerais de te perdre tout seul. Et puis c’est mon boulot de second de venir avec toi …
-Moi je vais avec Kal …
-Ok ok … je crois que j’ai compris, on va commencer par aller te chercher des fringues à ta taille Rey, et après … bah je sais pas, on verra … »

J’observais un instant les deux hommes et le gamin … quoique … les deux gamins et l’homme serait peut-être plus juste dans l’immédiat, avant de jeter un coup d’œil aux bateaux amarrés à proximité de la Lune Noire, les sourcils un peu froncés.

« -Jess, rassure moi, toutes les voilures du vaisseau sont en état n’est-ce pas ?
-Euh oui … C’est la première chose qu’on a fait réparer, sinon on n’aurait pas été capable de rejoindre l’Aliénor. Pourquoi ?
-Parce que j’ai un mauvais pressentiment. Allez venez, finalement on aura peut-être pas deux jours à perdre ici. »

Je vis les regards interrogatifs des deux plus jeunes se poser sur moi, l’un parce qu’il ne comprenait pas ce que je racontais, l’autre parce qu’il n’avait pas les détails, puis je tournais la tête vers mon second, le fixant par-dessus les deux autres. Le voir hocher la tête me conforta dans mon idée pourtant c’est en silence que nous quittâmes le vaisseau pour pénétrer dans la ville portuaire. J’avais l’impression désagréable que quelqu’un nous épiait sans réussir à trouver d’où cela venait, et sans réussir non plus à faire disparaitre cette impression.

« -Il y a un marché qui se tient en permanence dans un des quartiers de la ville, on pourrait aller là pour voir ce dont on a besoin nan ? »

La remarque de Jess me tira de mes pensées, et je hochais la tête, avant de remarquer que Rey regardait partout autour de lui, et je lui mis un petit coup de coude.

« -Evites de fixer les gens, tu risquerais de t’attirer bêtement des ennuis.
-Oh … pardon … »

En à peine deux jours, il était sorti de son état prostré et même si je regrettais de ne pas en être la cause, je savais que tout ça c’était grâce au temps qu’il avait passé avec Jess, pourtant je savais aussi que ce dernier ne l’avouerait jamais. Ça me fit sourire de voir qu’il continuait à regarder partout autour de lui, mais plus discrètement, et cette fois je le laissais faire sans intervenir.

Tout ici respirait le folklore local, les gens, les vendeurs, les fruits qui s’étalaient partout sur les étals des marchands … de l’autre côté de Rey, je pouvais entendre Kal décrire une partie de ce qu’il voyait à Jess, et cela me tira un sourire discret. Quand je les avais embauchés sur la Lune Noire il m’avait bien semblé qu’ils étaient plus qu’amis tous les deux, et le temps m’avait donné raison sans que pour autant ça ne nuise à leur travail à bord, à l’un comme à l’autre. C’était deux bons éléments … et malheureusement je savais que le jour où Kal déciderait de monter son propre équipage je perdrai les deux en même temps. Comme s’il avait senti mon regard sur lui, je vis Jess tourner la tête vers moi en fronçant légèrement les sourcils, avant de s’arrêter.

« -Ca sent bon par-là ! »

Je le vis tendre le bras dans une direction, avant de tourner la tête vers Kal qui laissa échapper un petit rire.

« -On vous laisse, vous n’aurez pas besoin de nous de toute façon pour lui trouver des fringues. »

Je hochais la tête avant de poser une main sur l’épaule de Rey.

« -Allez viens, on va te trouver des vêtements à ta taille le temps que ces deux-là aillent se remplir l’estomac, on pourra toujours aller faire pareil après.
-D’accord. »
Le voir acquiescer à tout ce que je disais avait un petit coté frustrant, mais je me doutais qu’il lui fallait simplement du temps et pour l’instant ce que je lui proposais n’avait rien de dangereux, donc il pouvait dire oui sans crainte.

Je regardais un peu autour de moi, avant de prendre la direction d’un des étals. Rey sur mes pas.

« -Dites, je suis désolé de vous causer des dépenses.
-Ce n’est pas un souci, ne t’inquiètes pas, et puis je suis sûr que tu pourras toujours me rembourser ces dépenses si tu le veux.
-Hum … C’est vrai … mais dites, comment vous savez ça ? J’ai l’impression que vous le saviez avant même que je vous donne mon nom.
-Disons … qu’il y a des choses qui ne trompent pas … une façon d’agir, de parler … Enfin je le savais c’est tout.
-Oh … Pourtant … le capitaine de l’Aliénor … il ne s’en est pas rendu compte lui.
-Pff … laisse-moi rire, ce type ne se rendrait pas compte qu’il tient un diamant si personne ne le lui dit.
-Dites … je ne vous avais pas remercié pour m’avoir sorti de là … alors … merci beaucoup. »

Je m’arrêtais juste à côté de l’étal d’un marchand de fringues, et je tournais la tête vers lui en lui souriant.

« -De rien Reyan, ça aurait été cruel de te laisser là-bas, et puis, je dois avouer que tes petites visites me plaisaient bien lorsque j’étais enfermé.
-Je peux vous aider messieurs ? »

L’intervention du marchand qui semblait se frotter les mains à l’avance me tira de ma contemplation, pour un peu j’aurai presque pu comprendre les agissements de Warwick … pour un peu … ce gamin avec ses yeux verts et innocents avait de quoi damner un saint … Je me secouais, tachant de m’enlever cette idée de la tête, avant de regarder le marchand.

« -On voudrait de quoi l’habiller … à sa taille.
-Bien sûr, bien sûr, venez, approchez-vous, je suis sûr que j’ai ce qu’il vous faut ! »

Je levais légèrement les yeux au ciel en voyant le type faire des ronds de jambes dans tous les sens, et je me reculais, laissant Reyan choisir lui-même ce qu’il voulait, me contentant de secouer la tête lorsqu’il me regardait pour avoir mon avis. Il était bien assez grand pour savoir ce qu’il voulait. Une fois sa tenue choisie, je me mis à marchander avec le vendeur, lui faisant baisser jusqu’à prix raisonnable les frusques qu’il vendait. Et puis j’entrainais mon compagnon à l’écart.

« -On te trouve un endroit où te changer, et après tu as envie de faire quoi ? »

Le voir me fixer avec des yeux tout rond me tira un sourire en coin, ce gamin était tellement expressif que ça en devenait amusant, et je tendis la main pour venir lui ébouriffer les cheveux, et pour la toute première fois j’eu droit à un grognement réprobateur. Cela n’eut pour effet que d’agrandir mon sourire, pour une fois qu’il se rebellait un peu. Je me détournais, non pas par pudeur ou quoi que ce soit d’autre, simplement pour surveiller que personne n’entre dans la ruelle ou nous nous trouvions. Au bout de quelques instants je le sentis me tapoter l’épaule.

« -Dites, j’ai réfléchi, si vous ne pouvez pas me laisser dans un port connu, vous pourrez peut être me laisser sur un navire que nous croisons ? »

Je tournais la tête vers lui, froncant légèrement les sourcils.

« -Et tu as un vaisseau en tête en particulier ? Ou c’est une idée en l’air ?
-Euh … je sais pas, je ne connais pas de vaisseaux … je ne me souviens même pas du nom de celui sur lequel j’étais quand nous avons été …. »

Je le vis brusquement se figer, les yeux grands ouverts alors qu’il me regardait. Je croisais les bras, m’approchant de lui.

« -Quand vous avez ?
-Quand nous avons été attaqué … Le vaisseau sur lequel je me trouvais, il a été attaqué … et … je ne me souviens pas des détails mais … je me souviens que le vaisseau brulait, et quelqu’un m’a fait débarquer … après, je me suis retrouvé sur l’ilot … et le vaisseau de Warwick est arrivé et m’a récupéré.
-Hum … ça faisait déjà un moment que j’étais dans la cale de l’Aliénor quand tu es arrivé, mais je pense que si on se renseigne un peu on doit pouvoir savoir qui a été coulé ces derniers temps. J’enverrai Jess et Kal quand ils reviendront pour qu’ils se renseignent si tu veux.
-Vous pouvez réellement faire ça ? Sans rien craindre ? »

Je me contentais de lui sourire, avant de l’entrainer avec moi en dehors de la ruelle.

« -On va manger, et après on retourne à bord, laisser mon vaisseau sans surveillance a tendance à me rendre nerveux. »

Machinalement je lui tendis la main, comme je l’aurai fait à un gosse et je souris en le voyant la prendre, exactement comme l’enfant qu’il était … et je resserrai doucement mes doigts sur sa main, avant de l’entrainer en direction d’un petit bouiboui. Je savais que l’endroit ne payait pas de mine, mais qu’au moins la nourriture était bonne et qu’en plus ça nous éviterait les chansons paillardes des matelots ivres. Le patron, qui me connaissait, se précipita vers nous, et nous indiqua une table, un peu à l’écart.

« -Comme d’habitude ? »

Je hochais la tête, sans prendre la peine de consulter mon jeune compagnon, j’attendis juste que le marchand ce soit éloigné avant de retourner la tête vers Rey.

« -Désolé, je ne t’ai aps demandé ce que tu voulais manger, mais généralement il n’y a qu’un seul truc de mangeable ici … J’ai juste choisi l’endroit parce que c’est bien plus calme.
-Ca ne me dérange pas, et puis vous savez, à force de manger ce qu’il y a sur les bateaux, je commence à penser que je serai capable de manger n’importe quoi … sans vouloir offenser le cuisinier de votre navire. »

Je dus me faire violence pour ne pas me mettre à rire, et je secouais la tête.

« -Ne t’inquiètes pas, tu n’offenses personne, je sais de quoi est capable Albert … Et je sais parfaitement qu’il aurait besoin de cours de cuisine.
-Vous n’êtes pas très gentil de dire ça …
-Hum c’est vrai, mais tu sais, c’est pas méchamment que je dis ça, si jamais il lui prenait fantaisie de partir on serait mal.
-Alors il faut être gentil avec lui, comme ça il ne partira pas. »

Cette fois, je laissais filtrer un petit rire en l’entendant, il était désarmant de naïveté. Je posais mes coudes sur la table, avant d’appuyer mon menton contre mes mains jointes.

« -Dis-moi Rey, quel âge as-tu ? Je voulais te demander déjà quand nous étions sur l’Aliénor, mais j’en ai pas eu l’occasion.
-Euh … euh je vais avoir 15 ans dans … 6 mois je crois … si le compte du temps de Jess est bon.
-Il l’est, je ne sais pas comment il fait, mais il est toujours capable de nous donner la date précise.
-Il est un peu bizarre, mais il est gentil lui …Et vous, vous avez quel âge ?
-Un peu bizarre … ça par contre, évite de le dire devant lui ou devant Kal, tu risquerais de les vexer l’un comme l’autre. … Euh … moi j’ai quelque chose comme le double de ton âge. »

J’esquissais une grimace un peu comique alors que le tavernier revenait avec deux assiettes remplies d’une espèce de purée fumante.

« -Je sais que ça n’a pas l’air appétissant, mais juré, c’est très bon.
-Je n’en doute pas. Bon appétit capitaine. »

Je lui adressais un sourire en guise de réponse, et je l’imitais, me mettant à manger à mon tour. Malgré moi, j’avais un peu de mal à regarder ailleurs, jusqu’à ce qu’une silhouette attire mon attention. Je fronçais les sourcils, jetant un nouveau coup d’œil à Rey.

« -Tu as fini ? Dans ce cas viens, il faut qu’on parte. »

Je le vis me fixer d’un air perplexe, avant de se lever à ma suite. Je passais à côté du proprio de l’endroit, lui laissant quelques pièces en silence, avant d’entrainer mon compagnon hors du restau.

Je pouvais le voir me jeter des coups d’œil perplexe, et je lui adressais un sourire rassurant, m’arrêtant juste un instant en apercevant une silhouette connue.

« -Kal, rassemble tout le monde, il faut qu’on parte ! »

Je ne pris même pas le temps de voir s’il m’avait écouté, je savais qu’il le ferait de toute façon, et je repris ma route jusqu’au port, battant le rappel de mon équipage au fur et à mesure que je croisais quelqu’un, et lorsque Rey et moi arrivâmes à la Lune Noire, j’eus le plaisir de voir des silhouettes connues elles aussi s’y afférer, prêts à lever l’ancre dès que je le leur dirai.

« -Toi, tu vas dans ma cabine et tu y restes. Ned, il manque qui encore ?
-Ton second et 2 ou 3 matelots, dès que Kal est revenu on peut partir, tu nous expliques ?
-Là ! »

Je tournais la tête vers la voix de Kal, laissant filtrer un petit soupir soulagé en voyant qu’il ramenait les derniers absents.

« -Levez l’ancre, il faut qu’on parte d’ici, et le plus tôt sera le mieux.
-Qu’est-ce qui ce passe ? »

La question venait de Jess, qui me fixait les sourcils froncés sans pour autant me voir. Juste un quart de seconde je me fis la remarque qu’il n’avait plus l’air gamin de tout à l’heure, lorsqu’il avait senti les pâtisseries en ville.

« -Il y a la marine partout en ville. Voilà ce qui ce passe, il faut qu’on s’éloigne d’ici avant qu’ils n’aient le temps de réagir. »

S’il n’est pas déjà trop tard … machinalement je me mordillais la lèvre un instant, laissant mon regard errer sur l’équipage qui me fixait, avant de reposer mes yeux sur l’aveugle.

« -Tu aurais pas une idée de génie ?
-Euh … honnêtement, là comme ça non …. Je croyais que l’île était sûre … ce n’est pas le genre d’endroit où j’aurai pensé voir la marine. … Enfin voir … »

Le voir grimacer tira des sourires à certains des matelots, sourires qui disparurent dès qu’ils croisèrent le regard de Kal.

« -Partir trop précipitamment attirerait trop l’attention … mais en même temps, ils ont dû nous repérer quand nous sommes arrivé … il y a certainement un bateau prêt à nous poursuivre quand nous allons quitter le port. Il faudrait qu’on puisse faire ça discrètement, et ça, ça veut dire qu’il faudrait qu’on attende ce soir et l’obscurité. Avec ses voiles noires notre vaisseau pourrait partir sans se faire repérer … mais est-ce que les soldats attendront jusqu’à là ? »

Entendre Jess réfléchir à haute voix me fit légèrement grimacer, mais en même temps, je ne pouvais nier qu’il avait raison. Je vis les matelots prendre position sur le navire, avant de se figer, attendant les ordres qui allaient venir, s’il fallait partir ils étaient en position …

« -Yann ? Est-ce qu’ill y a beaucoup de navire qui entrent dans le port en ce moment ?
-Hum, 2 … un trois mats qui doit faire la même taille que la Lune Noire, et un petit voilier. Ils bloquent une partie du chenal, mais nous on devrait pouvoir passer si on veut, tu as une idée ?
-Peut être … »

Les sourcils toujours froncés, je le vis s’éloigner de l’endroit où il se tenait, s’approchant de la proue du vaisseau, avant de fermer les yeux, comme pour sentir le vent. Et au même moment je compris ce qu’il avait en tête.

« -C’est du suicide … »

La voix de Kal me fit tourner la tête vers lui alors que j’acquiesçais.

« -Si vous avez une autre idée … moi je ne vois pas. Combien de temps avant qu’ils ne bloquent complètement le passage ?
-Le vent est pour nous, si en 10 min nous réussissons à hisser les voiles et à larguer les amarres nous pourront passer entre eux.
- … Alors … qu’est-ce qu’on attend ? »

Je serrais les dents un instant, faisant tourner mes méninges à toutes vitesses, avant de lâcher.

« -Eloignes toi du bord Jess, sortez toutes les voiles !! Et quand elles sont gonflées, larguez les amarres ! »

Un brouhaha me répondit, alors que chacun s’activait, les voilures noires du vaisseau apparaissant toutes quasiment en même temps, du coin de l’œil je vis Kal attraper Jess par la taille et le forcer à reculer du bord, avant de rejoindre la barre en deux bonds. Et brusquement le vaisseau fit une embardée, avant de se mettre à filer droit sur les deux navires qui pénétraient dans le port. Un cri rageur retentit d’un autre vaisseau à quai, et je tournais la tête vers sa provenance, avant de tiquer en apercevant le nom du vaisseau peint sur la coque. Et j’eus un mauvais pressentiment … comme si quelque chose de mauvais allait nous arriver. En même temps, le fait de foncer à toute vitesse vers deux navires en approche avait de quoi faire flipper le plus courageux des hommes. Pourtant, dans l’immédiat le danger ne venait pas des deux bateaux dont nous nous rapprochions, mais bel et bien de celui encore à quai qui se trouvait derrière nous.
Je crispais légèrement les mains alors que nous nous approchions, de plus en plus, alors qu’en même temps les deux vaisseaux s’approchaient l’un de l’autre. L’idée que tout ça était une erreur m’effleura l’esprit, mais je savais qu’il était déjà trop tard … et puis brusquement, la Lune Noire se retrouva pile entre eux, de là où j’étais je pouvais voir les regards ébahis des membres de chacun des deux équipages, et puis … plus rien … nous étions passés, et le vaisseau de la marine qui avait finalement quitté le quai se retrouvait bloqué. Si j’avais tendu le bras au moment où nous étions passé j’aurai pu toucher la coque du navire du côté où je me trouvais … j’en étais sûr. Une clameur s’éleva des poitrines de mon équipage alors que je tournais la tête vers Jess.

« -C’était un plan culotté … mais un très bon plan … comme d’habitude. »

J’esquissais un sourire franc en voyant son visage s’éclairer, avant de me rendre à côté de Kal.

« -Il faut qu’on s’éloigne d’ici le plus rapidement possible, et … il faut à tout prix que je débarque Reyan avant que la marine nous tombe dessus.
-Pourquoi tant de précipitation ? Ce n’est pas la première fois qu’on est pris en chasse, et notre navire est assez rapide pour échapper à presque tout le monde.
-Tu l’as bien dit … presque tout le monde … tu n’as pas vu le vaisseau qui est parti juste derrière nous ? Son nom sur la coque ?
-Euh non … j’étais plus occupé à surveiller qu’on ne percute pas les deux autres. Pourquoi ? j’ai raté un truc important ?
-Plutôt oui … le bateau … c’était la Colombe … »

Je le vis se figer, avant de me fixer avec des yeux tout ronds.

« -Tu déconnes ? Hein ?
-Malheureusement …
-On est mal alors …. Yann … tu pourrais faire quelque chose pour moi ?
-Hum ?
-Quand tu débarqueras Rey … Tu pourras débarquer Jess aussi ? »

Je le fixais un long moment, les sourcils légèrement froncés, avant de jeter un coup d’œil en direction du principal concerné, occupé à aider l’un des matelots à rattacher un canon.

« -Pas contre son gré, si tu veux qu’il parte, il faut que tu lui en parles avant, je ne lui donnerai jamais un tel ordre … je ne le donnerai à personne. »

Je le vis hésiter, avant de hocher la tête en me cédant sa place à la barre. J’eus dans l’idée que la discussion qu’ils allaient avoir serait longue et difficile aussi bien pour l’un que pour l’autre, et puis je me dis que cela ne me regardait pas réellement. Moi aussi j’allais avoir une conversation avec quelqu’un … il me fallut attendre une bonne heure avant d’avoir une idée, et à peu près autant de temps pour que Kal revienne et reprenne sa place. Je le laissais sans un mot, et je me rendis dans ma cabine, m’approchant de Rey.

« -Je vais te débarquer, dès qu’on croisera un bateau …
-Vous êtes sûr ? Enfin …
-Sûr et certain Reyan … ta place n’est pas sur un bateau comme celui-ci … et puis, si on se fait rattraper, je ne suis pas sûr que la marine prenne la peine de voir qui est réellement un pirate et qui ne l’est pas avant de chercher à nous faire pendre. »

Je le vis légèrement grimacer, avant qu’il n’hoche la tête.

« -Très bien … je ferai ce que vous direz. »

Je lui adressais un léger sourire, avant de ressortir de la cabine. Il ne restait plus qu’à trouver un vaisseau maintenant …

Et … cela arriva bien plus vite que prévu … en fin d’après-midi la vigie en haut de son mat nous informa qu’elle venait d’apercevoir une voile à bâbord, et sans hésiter je fis tourner dans cette direction, ce à quoi je ne m’étais pas attendu c’est à qui appartiendrait ce bateau …
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MessageSujet: Re: Lune Noire   Lun 4 Mar - 19:35

III
L’Othello et la Colombe

A bord du grand voilier c’était branle-bas de combat depuis que le vaisseau aux voilures noires avait été aperçu. Les quelques passagers qui étaient à son bord avaient été priés de rejoindre leurs cabines pour être à l’abri, mais en même temps une étrange rumeur circulait parmi les matelots, une rumeur qui disait que, de toute façon, ils n’avaient rien à craindre, qu’ils n’étaient pas en danger. Comme pour leur donner raison un pavillon blanc fut hissé en haut du grand mat central, juste avant que l’équipage de la Lune Noire ne lance des grappins pour arrimer les deux vaisseaux l’un à l’autre.

« -Que me vaut cette … visite ? »

Le brun qui avait abordé, grimaça légèrement, avant d’esquisser un sourire un peu contrit.

« -Tu peux parler d’intrusion, je comprendrai … excuse-moi pour cet amarrage intempestif, j’aurai besoin de ton aide Lloyd …
-De mon aide ? Toi ? »

Comme Yann hochait la tête, le capitaine de l’Othello grimaça légèrement, avant de s’éloigner du bord, lui faisant signe de le suivre, et Yann obéit en jetant un dernier coup d’œil à son équipage. Le temps lui était compté, mais ça n’allait pas l’empêcher de mettre les formes dans ce qu’il avait à demander à cet homme d’un certain âge qui lui faisait à présent face.

« -Je t’écoute ? Je présume que pour que tu m’abordes ainsi ça doit être urgent non ?
-Oui, en effet … j’ai la Colombe aux fesses, et j’ai aussi quelques passagers que j’aimerai pouvoir débarquer …
-Hum … Et tu espères que je vais prendre un ou plusieurs de tes amis pirates sur mon bâtiment ? Ça serait du suicide pour moi ça, tu le sais j’espère ?
-Ce ne … enfin, l’un d’entre eux n’est pas un pirate, c’est quelqu’un que j’ai récupéré sur l’Aliénor en même temps que je m’en échappais, et l’autre … c’est une requête de mon second.
-Un passager ? Toi tu as un passager ? »

Yann fit une petite grimace, avant de hocher la tête.

« -Je sais que c’est inhabituel, mais je n’ai pas résisté, je n’allais quand même pas le laisser là-bas … mais maintenant, il est en danger en restant avec nous sur la Lune Noire, et je ne l’ai pas sauvé pour qu’il meurt bêtement dans une attaque.
-Tu deviens altruiste ? Tu te ramollis avec l’âge il semblerait. Alors, qui est ce mystérieux passager, et qu’est-ce qu’il a de si important pour que tu veuilles lui sauver la vie ? »

Le brun s’assit avant de lever son regard d’ébène sur le capitaine du vaisseau.

« -Il est le fils de la famille d’Azel … leur fils unique. Et il n’y a qu’une personne dont je veux la mort, tu es bien placé pour le savoir. »

Lloyd le fixa un moment, cherchant à voir s’il était sérieux ou pas, avant de poser une main sur son épaule.

« -Je sais … Mais fais attention à toi, j’ai déjà perdu ma sœur, je ne veux pas perdre bêtement celui qui avait réussi à voler son cœur. … Alors, tu veux que je prenne à bord ce royal rejeton ? Et l’autre, qui est-ce ?
-Ne t’inquiètes pas, je n’ai pas l’intention de mourir, tout au moins pas avant d’avoir fini ce que j’ai entrepris. Le gamin oui … et Jess … »

Le capitaine de l'Othello laissa échapper un petit sifflement, avant de secouer la tête.

« -Deux gamins donc … et lui, il est d’accord pour être débarqué comme ça ? Et … tu ne vas pas avoir besoin de lui pour réussir à fuir la Colombe ?
-Je ne peux pas le forcer à débarquer, ni le forcer à rester, si Kal a fait valoir des arguments suffisants il restera ici, s’il est trop buté il repartira avec nous … Mais tu sais … même si pour beaucoup ça parait étrange, moi je comprends sa volonté de vouloir protéger celui à qui il tient … Je donnerai n’importe quoi pour avoir été capable de faire pareil.
-Je sais … ils sont tous les deux les bienvenus à bord s’ils le souhaitent …
-Je te remercie … »

L’homme aux favoris grisonnant se contenta d’un sourire, avant de se redresser pour quitter la pièce dans laquelle ils s’étaient réunis.

« -Oh … au fait, où est-ce qu’il faudra que je débarque tes deux loustics ?
-Honnêtement, j’en sais rien … là où ils auront envie d’aller ? »

Yann put le voir hocher la tête en soupirant, et il lui adressa un petit sourire contrit alors qu’ils rejoignaient le petit groupe qui les attendait. Rey semblait d’accord avec ce qui était en train de se passer, mais du premier coup d’œil, aussi bien Yann que Lloyd purent se rendre compte que pour Jess c’était bien plus difficile à encaisser. Les bras serrés autour de lui, comme pour se protéger, le jeune homme se mordillait légèrement la lèvre en gardant la tête baissée. Juste à côté de lui, Kal semblait mal à l’aise alors qu’il levait la tête vers Yann.

« -Alors, c’est maintenant que je débarque ? »

La voix calme de Rey sortit tout le monde de l’espèce de flottement dans lequel ils se trouvaient, et Yann hocha la tête alors que Jess se redressait, tournant automatiquement la tête dans la direction où il savait se trouver Kal. Quand bien même celui-ci ne voyait rien, le vice commandant de la Lune Noire tenta de fuir son regard, avant de finalement l’attraper sans rien dire pour le serrer contre lui. Le jeune aveugle lui murmura quelque chose à l’oreille, sans que personne d’autre ne puisse entendre et qui n’eut pour autre effet que de resserrer la prise du blond sur lui, comme une promesse silencieuse. Et puis, il le lâcha et Jess s’approcha du petit groupe que formaient Rey, Yann et Lloyd. Sans pour autant laisser échapper le moindre son, simplement vaincu par la volonté de celui qu’il aimait. De là où il était, Yann ne pouvait éviter le regard gêné de Kal, il n’avait pas beaucoup de difficulté à comprendre que son vice capitaine avait dû faire quelque chose qu’il n’avait pas envie de faire … D’ailleurs, s’il avait été dans sa situation, il aurait probablement fait la même chose. Mais en même temps, il comprenait que ce soit dur pour son tacticien.

« -Exact jeune homme, je te souhaite la bienvenue à bord de l’Othello, j’espère que tu le trouveras à ton gout.
-Merci. »

Rey esquissa un sourire chaleureux au capitaine, avant de se tourner vers Yann.

« -Je vous remercie … sans vous je serai toujours … enfin … merci de ne pas m’avoir laissé sur le bateau …
-De rien petit … je n’aurai pas été capable de me regarder dans un miroir si je t’avais laissé là-bas. »

Souriant doucement, Rey passa de la Lune Noire à l’Othello, jetant juste un dernier coup d’œil en arrière avant de se placer à côté de Lloyd.

« -Tu as intérêt à te souvenir de ta promesse …. »

Sans laisser à Kal le temps de répondre, Jess effleura ses lèvres avant de suivre sans difficulté le même chemin que Rey, atterrissant à son tour à côté du capitaine de l’Othello qui le fixa un court instant en silence.

« -Faites attention à vous Yann … le capitaine de la Colombe n’est pas quelqu’un qui plaisante.
-Je le sais … ne t’inquiète pas pour nous … on saura se débrouiller. »

Chacun était à présent retourné sur son propre vaisseau et les grappins furent ôtés, laissant les deux navires s’éloigner l’un de l’autre progressivement, tout en douceur. Inconsciemment, deux regards se cherchèrent et se happèrent un instant, avant de se détourner et la Lune Noire commença à s’éloigner de l'Othello, le trois mats aux voiles noires, comme un mauvais présage sembla tanguer un instant, et puis finalement se repris laissant un sillon dans les vagues calmes de l’océan.

Lloyd s’approcha, et posa une main légère sur l’épaule de Jess qui ne sursauta même pas, continuant de fixer avec obstination le vaisseau qui s’éloigner, sans pour autant le voir, guettant le moindre son, avant de finalement tourner la tête vers le capitaine, esquissant un sourire triste alors que les larmes qu’il retenait jusqu’à présent se mettaient à rouler silencieusement le long de ses joues.

« - … Ils n’ont aucune chance hein ? »

L’homme au visage rude laissa filtrer un petit soupir, et pressa un peu plus fort sa main sur son épaule, avant de tourner la tête vers Rey.

« -Venez, rester ici ne servira à rien. »

Brusquement intimidé, comme s’il prenait réellement conscience de ce qui était en train de se produire, Rey hocha la tête et s’approcha du jeune homme brun qui avait à nouveau détourné la tête, et laissait simplement ces larmes qu’il avait retenues jusqu’à présent inonder silencieusement ses joues.

« -Jess ? C’est quoi la Colombe ? »

Le tacticien posa un court instant un regard vide sur l’adolescent, avant que la question ne le sorte de la brume dans laquelle il se trouvait.

« -Le vaisseau du capitaine Diego Sadowa … Il est mandaté par la couronne pour pourchasser les pirates … et jusqu’à présent il n’a jamais raté l’une de ses proies …
-Ja…jamais ?
-Non petit, jamais … allé, venez tous les deux, il faut que je trouve ce que je vais faire de vous. »




Les yeux bleu acier de Kal fixaient sans ciller l’endroit où se trouvait encore l’Othello, une sensation douloureuse comme il n’aurait jamais cru ressentir lui tordait les boyaux.

« -J’ai fait une promesse que je ne suis même pas sûr de pouvoir tenir … Je suis même quasiment sûr que je ne pourrai pas … Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de mauvais Capitaine ?
-Non … pas du tout … ça fait juste de toi quelqu’un d’humain. … Excuse-moi Kal, mais … on n’a pas le temps de s’apitoyer … il faut qu’on s’éloigne et qu’on trouve un moyen de fuir la Colombe, une fois qu’on aura mis assez de distance entre elle et nous, on réfléchira à un moyen de s’en débarrasser pour de bon et … »

Yann laissa sa phrase en suspens, se contentant de tourner la tête vers l’homme à ses côtés, jusqu’à ce qu’il accroche le regard de son second. Celui-ci hocha la tête, avant de laisser échapper.

« -Alors on pourra récupérer ce qui est important …
-Exactement. Lloyd va prendre soin d’eux … de tous les deux …»

*Enfin je l’espère …*

Yann secoua la tête, cherchant à faire disparaitre cette pensée négative, ils n’avaient pas besoin de ça, ils avaient besoin de partir loin, très loin. Et il savait qu’il pouvait avoir confiance en le capitaine de l’Othello, c’était peut-être même la seule personne sur cette mer à qui il pouvait faire confiance …

Il s’éloigna du bord et de Kal, allant reprendre sa place à la barre avant de fixer son équipage qui semblait attendre ses ordres et … autre chose …

« -Je ne force personne à rester, et je ne vais pas me voiler la face, nous avons la Colombe et donc Sadowa aux fesses … Jusqu’à présent personne n’a réussi à lui échapper, c’est à nous de faire en sorte que cela change … Si vous souhaitez partir, je ne vous en empêcherai pas, mais si vous restez … il faut vous attendre à ce que nous ne nous en sortions pas, et ça, malgré tous nos efforts … »

Une clameur lui répondit alors qu’en même temps Kal revenait se poser à ses côtés.

« -Nous ne sommes pas allés te récupérer dans les cales de l’Aliénor pour t’abandonner à ton sort maintenant, on est tous ensemble dans cette galère … et on y restera jusqu’au bout. »

*Ou presque tous …*

La petite voix, insidieuse, vint souffler cette remarque à l’oreille de Kal … qui fit de son mieux pour l’oublier alors qu’il prenait la place du capitaine à la barre.

« -Tu as une idée pour éviter le désastre qui s’annonce ?
-Absolument pas la moindre … Tu en as une toi ?
-C’est pas moi celui qui a les idées Yann …
-Ne regrettes pas ta décision … de toute façon, c’est trop tard maintenant. Maintenant, il faut qu’on cherche un moyen de s’en sortir … Déjà … il nous faut quelqu’un en haut de la vigie qui surveille nos arrières. »

Yann fixa un moment son second alors que celui-ci hochait la tête en réponse à ses demandes, avant de reprendre la parole.

« -Et il faut aussi faire l’inventaire de ce qu’on a à manger à bord … Vu comme on a déguerpi, je doute qu’on ait eu le temps de récupérer de quoi tenir longtemps.
-J’en doute aussi … Je vais demander à Ned de faire ça … »

Yann hocha légèrement la tête, et le regarda s’éloigna avant de reporter son attention sur l’océan devant lui. Il fallait de toute urgence qu’ils mettent de la distance entre eux et la Colombe, mais aussi entre eux et l’Othello … et en même temps il fallait réellement qu’ils trouvent un endroit où accoster pour refaire leurs provisions … Vu comme ça, il avait un peu l’impression d’être face à un problème insolvable. Un instant il regretta que Jess ne soit pas là, lui il aurait probablement trouvé une solution … secouant la tête, il chassa cette idée aussitôt, il ne fallait pas qu’il parte défaitiste dès le début …

Un soupir fila de ses lèvres alors qu’il tournait la tête vers Kal qui revenait vers lui, l’air sombre.

« -Nos réserves sont vraiment limites … Certains avaient commencé à rapporter des choses, mais la plupart en étaient encore à se demander ce dont on avait besoin … quand on se sera débarrassé de la Colombe il va falloir qu’on songe à modifier notre façon de nous ravitailler.
-Fait chier … il y a la cache de Stody pas loin … on pourrait peut-être aller se servir dedans … ?
-Je ne suis pas sûr qu’il le prenne bien … mais on peut toujours, attaquer un vaisseau serait trop risqué n’est-ce pas ?
-Oui … et les récifs qui entourent l’ile nous permettraient de nous planquer … Le soucis c’est que si Stody est là et qu’il sait que nous sommes poursuivis on risque de finir au fond de l’eau …
- Rien ne nous prouve qu’il soit là … et à la rigueur … on pourrait toujours lui acheter des marchandises ?
-Hum … on avisera là-bas … là comme ça je n’ai pas de meilleur idée. »

Kal hocha légèrement la tête, regardant un instant Yann faire tourner la barre pour changer leur trajectoire, avant de lever la tête vers le grand mat, cherchant à apercevoir la vigie. L’équipage semblait encore plus sérieux que lorsqu’ils avaient préparé leur attaque contre l’Aliénor juste quelques jours plus tôt, et le blond n’arrivait pas à savoir si c’était un bon présage ou non … En silence il alla aider certain des matelots à préparer les canons.

Rey n’en revenait pas, le bateau était immense, bien plus grand et plus imposant que la Lune Noire et l’Aliénor, il semblait même plus puissant, mais en même temps il lui semblait moins rapide.

« -Dis Jess, il se passera quoi si quelqu’un attaque ce bateau ?
-Attaquer l’Othello ? Il faudrait avoir un grain pour faire ça. »

Le jeune aveugle s’arrêta, posant son regard clair dans celui du plus jeune.

« -C’est vrai que niveau vitesse il est plutôt à la traine, mais il est mieux armé que n’importe lequel des vaisseaux que nous croiserons. C’est un transport de voyageurs, mais pas de n’importe quel genre de voyageurs …
-Je crois que j’avais jamais vu un aussi grand vaisseau …
-C’est possible … »

Jess resta silencieux un moment alors qu’il se calait contre l’une des parois extérieures des cabines, laissant son regard mort errer sur la mer, et Rey regretta sa remarque, mais avant qu’il n’ait le temps de reprendre la parole, Jess avait reposé son regard sur lui.

« - En comparaison, la Lune Noire serait une charrette de paysans, et l’Othello une voiture de luxe. Le genre qui attire les voleurs, mais sur laquelle ils se cassent les dents. Il possède un armement digne d’un vaisseau royal, et son équipage est composé de marins mais aussi de militaires … autrement dit, tu n’as pas à t’inquiéter, on ne craint rien ici. »

Jess esquissa un sourire chaleureux en direction de Rey, avant de tourner la tête vers des marins qui s’approchaient d’eux.

« -Le capitaine voudrait vous voir tous les deux, si vous voulez bien nous suivre. »

Jess plongea ses mains dans ses poches avant de se redresser, se replaçant à côté de Rey en hochant la tête pour toute réponse et les deux garçons suivirent les deux marins sans broncher, jusqu’à la cabine du capitaine. Plongé dans l’étude d’une carte, Lloyd ne releva pas tout de suite la tête, attendant que la porte se soit refermée sur ses deux visiteurs.

« -Je finis ça et je suis à vous, asseyez-vous. »

Du coin de l’œil Rey vit Jess grimacer discrètement, avant que celui-ci ne se laisse aller contre la paroi de bois de la cabine. Avec une petite hésitation, l’adolescent lui alla s’asseoir, regardant autour de lui avec curiosité.

« -Qu’est-ce que vous faites ? »

La question lui avait échappée sans qu’il réussisse à se retenir, et un instant une expression de gamin pris en faute s’afficha sur son visage alors qu’un rire discret échappait à Jess.

« -Hum ? Je calcule le temps qu’il nous faudra pour atteindre les ports les plus proches de notre position.
-Vous cherchez où vous allez pouvoir nous débarquer ? »

La question venait de Jess cette fois, et malgré lui Lloyd fut forcé d’arrêter d’écrire. Il leva la tête en direction du jeune aveugle, fronçant légèrement les sourcils.

« -Oui et non. Je ne sais pas encore ce que je vais faire de vous en fait. Il faudrait que je ramène Reyan sur son ile, mais elle n’est pas sur mon chemin normal, alors je regardais combien de temps me prendrait un détour par celle-ci. Et honnêtement Jess je ne sais pas réellement ce que je vais faire de toi.
-Je ne sais pas non plus quoi faire de moi si ça peut vous rassurer. »

Le regard de Lloyd semblait passer le jeune homme au laser, alors qu’étrangement Jess ne baissait pas les yeux, pour la deuxième fois depuis qu’il l’avait rencontré, Rey trouva l’aveugle aussi impressionnant que l’était Yann par moment. Il ne c’était pas retrouvé sur la Lune Noire simplement parce qu’il était l’amant de Kal, et il n’avait pas usurpé son statut de pirate. Etrangement, le regard de Lloyd sembla s’adoucir et il esquissa même un sourire.

« -On finira par trouver. J’ai des passagers à déposer en Angleterre … et en France. On devrait atteindre les côtes anglaises dans trois jours.
-J’ai de la famille en Angleterre. »

Le regard des deux hommes se posa sur l’adolescent, une expression un peu amusée flottait sur le visage de Lloyd.

« -Voilà qui devrait nous simplifier la tâche alors. Il ne nous reste donc plus qu’à trouver quoi faire de toi.
-Si tu veux … tu peux venir chez moi … le temps que Yann réussisse à distancer l’autre bateau, comme ça en plus ils sauront où venir te récupérer ? »

Jess posa un regard surpris sur lui, comme si ça proposition lui semblait étrange, alors qu’en même temps Lloyd esquissait un petit sourire en coin.

« -Voilà qui est réglé alors. »

Le jeune homme resta bête, avant qu’il ne hoche timidement la tête, s’attirant un sourire de Rey. Un son de corne retentit soudain, et Lloyd sortit de la pièce, les deux autres sur ses talons.

« -Capitaine, il y a un navire de la marine en approche ! Il a son pavillon ! Il va nous accoster ! »

Lloyd laissa échapper un juron, avant d’aller se poser à côté de ses hommes, Rey sur les talons alors que Jess restait un peu en arrière, une expression légèrement méfiante sur le visage.

« -On est presque arrivé Yann, tu es toujours sûr de ta décision ?
-Plus que jamais, en même temps ce n’est pas comme si on avait réellement le choix … A moins que tu ais une meilleure idée à me soumettre. »

Kal ne détourna pas les yeux du regard noir de son capitaine. Niveau regard glacial il n’avait rien à lui envier … Et puis finalement il soupira en secouant la tête.

« -Non … Laisse-moi ta place. »

Le capitaine continua de le fixer un moment, avant de lui céder sa place à la barre, et aller se placer à l’avant du bateau, les sourcils froncés. Il s’en voulait de s’en être pris à son second, il n’était pas responsable de leur situation actuelle. En fait, s’il était réellement honnête, il aurait pu deviner que quelque chose de ce genre allait arriver à un moment ou un autre. A braver les lois, on finissait toujours pas se faire attraper …

La silhouette de l’ile se dessinait juste sous son nez à présent, à quelques centaines de mètres de là. L’idée qu’il précipitait peut être son équipage dans un piège en en fuyant un autre lui traversa l’esprit, malgré tout il était trop tard pour changer d’avis. Plus vite ils auraient amarré, plus vite ils pourraient refaire leurs provisions et repartir.

Lorsqu’ils accostèrent, l’ile semblait déserte, et malgré lui Yann ne put s’empêcher de se sentir soulagé. Devoir affronter le propriétaire des lieux n’était pas une bonne chose … Il donna rapidement ses ordres, chacun savait ce qu’il avait à faire, ce qu’il devait récupérer. Le plus important était de chopper de quoi manger, et de quoi réparer le vaisseau en cas de besoin, rien de plus.

« -Si le proprio nous tombe dessus, on va être mal.
-Je sais Kal, il faut espérer qu’on sera loin quand il s’en rendra compte.
-C’est bon capitaine, on a tout ce qu’il nous faut !
-Alors, on bouge d’ici … on a assez d’ennuis sans en rajouter. »

Kal hocha la tête, se sentant nerveux lui aussi, surtout qu’il était sûr que si Jess avait été là, ils auraient trouvé un autre moyen que d’aller voler l’un de leurs comparses pirates. En même temps, il était soulagé de ne pas l’avoir à ses côtés, quand bien même sa présence lui manquait.

« -Ne fais pas cette tête Kal, dès qu’on aura réussi à se débarrasser de l’autre empêcheur de tourner en rond, on pourra aller récupérer celui qui occupe ton esprit. »

Le blond tourna la tête vers son capitaine, les sourcils légèrement froncés alors qu’il ressentait une intonation bizarre dans la voix du brun.
Lorsqu’il croisa son regard, la lumière se fit brusquement, et ses lèves s’arrondirent en un rond presque parfait, avant qu’il n’esquisse un sourire.

« -Dis-moi, est-ce que par hasard tu te ferais du soucis pour ton protégé toi ?
-Moi ? »

Yann fronça légèrement les sourcils, avant d’esquisser l’ombre d’un sourire en hochant l a tête.

« -C’est possible oui, mais de toute manière, il y a peu de chances pour que je puisse le recroiser un jour. »

Kal fronça les sourcils un peu plus, avant de secouer la tête en silence. Ça ne ressemblait pas son capitaine d’être aussi pessimiste, heureusement d’ailleurs, sinon ils n’auraient jamais pu arriver si loin tous autant qu’ils étaient.

Les cales de la Lune Noire étaient bien pleines lorsqu’ils remontèrent tous à bord, maintenant, il ne leur restait plus qu’à mettre les voiles d’ici et trouver un endroit où rester planquer le temps que la chasse de la Colombe prenne fin. Mais un coup du sort capricieux semblait en avoir décidé autrement. Alors que les voiles de la Lune Noire étaient déployées, un bruissement attira l’attention de Kal, et il se figea littéralement, ses doigts se crispant sur le gouvernail.

« -Yann …
-J’ai vu … On tente de faire comme au port ? »

En croisant le regard noir de son capitaine, Kal sut tout de suite que même si Yann proposait ça, il ne pensait pas que ce soit possible. Ça avait marché une fois, tout à fait par hasard ou par chance, mais deux fois à la suite, ça n’était pas possible. Et puis, les bouches béantes des canons de la Colombe étaient pointées sur eux, sûres de ne pas manquer leur cible.

Yann hésita un instant et puis …

« -Baissez les voiles, fuir ne sert à rien, si nous nous rendons sans résister plus, nous pourrons bénéficier de la clémence du roi … »

Jess restait derrière Lloyd sans broncher, le regard braqué sur les nouveaux venus, comme s’il pouvait réellement les voir.

« -Que me vaut cette intrusion capitaine ?
-Bonjour capitaine Iron, je n’aurai pas pensé être accueilli par le capitaine de ce navire en personne. Vous êtes une légende.
-Je n’ai pas le temps d’écouter vos flatteries soldat, dites-moi pourquoi vous m’avez abordé, ou quittez mon vaisseau sur le champ. »

Le sourire forcé du capitaine de la marine se figea un instant, avant qu’il ne se reprenne, il n’allait quand même pas perdre la face juste sous le nez de son équipage.

« -Je suis venu m’assurer que tout allait bien, il parait que des pirates trainent dans les environs, ça serait dommage que vous vous fassiez attaquer. »

Un rire discret monta de derrière Lloyd, et les regards se posèrent sur la source de ce bruit qui sembla faire monter d’un cran la tension déjà palpable. Le militaire fronça les sourcils et s’approcha du jeune homme brun.

« -Je peux savoir ce qui vous fait rire monsieur ? C’est sérieux les histoires de pirates !
-Toutes mes excuses, c’est juste que je n’aurai jamais cru que quelqu’un pense l’Othello attaquable … Je ne voulais pas vous offenser messire. »

Jess s’inclina devant l’homme, juste ce qu’il fallait pour que la moquerie qu’il venait de lancer passe sans souci, avant de se redresser, l’air un peu plus sérieux. Le militaire fronça les sourcils, l’air un peu mal à l’aise, avant de secouer la tête.

« -C’est vrai, mais il faut prendre garde à ne pas trop s’appuyer sur des on-dit. Tous les vaisseaux sont la cible d’autres, à un moment ou un autre.
-Eh bien, vous devez être rassuré, il n’y a pas le moindre pirate dans les alentours, et ne vous en faites pas messire, mon vaisseau est de taille à se défendre contre n’importe lequel qui osera s’en prendre à nous. Si je transporte des passagers, c’est bien parce que je suis sûr de pouvoir le faire en toute sécurité, sinon je ne me lancerai jamais sur les mers. »

Le regard d’acier du capitaine de l’Othello ne quittait pas l’homme qui les avait abordés, comme s’il le sondait, avant que finalement celui-ci ne baisse les yeux.

« -Prenez garde à vous. »

Sur ces mots, l’homme fit volte-face, quittant le navire sans laisser le temps à qui que ce soit de répondre, et donna des voiles, s’éloignant sans attendre.

A ce moment-là seulement Lloyd se tourna vers Jess, les sourcils légèrement froncés. Celui-ci sentit son regard sur lui et afficha une mine un peu penaude.

« -Pardon, je n’aime pas la marine … ni les aristocrates … Je tiendrai ma langue la prochaine fois.
-Très bien. »

D’un geste, Lloyd donna l’ordre aux marins de reprendre leurs postes et commença à s’éloigner.

« -Ravi de savoir que tu considères l’Othello comme imprenable par contre. Retournez donc dans votre cabine tous les deux, dans deux jours nous serons en Angleterre, et à ce moment-là vous pourrez débarquer. »

Rey suivit l’homme du regard, avant de tourner la tête vers Jess qui souriait malgré lui.

« -Tu viens ?
-Hum … ?
-Je veux dire … tu veux bien venir avec moi ? Chez moi ? »

Jess baissa son regard clair sur lui, et sembla hésiter un instant avant de hocher la tête.

« -Oui je veux bien, de toutes manières, ce n’est pas comme si j’avais réellement un autre endroit où aller pour le moment.
-Peut être … peut être qu’une fois chez moi on pourra faire quelque chose … pour aider les autres. »

Tout en parlant, les deux garçons avaient rejoint la cabine qui leur avait été attribuée, et Jess resta silencieux, jusqu’à ce qu’ils soient à l’intérieur, seulement à ce moment-là il se cala contre la porte, posant un regard sévère sur le plus jeune.

« -Ca n’est pas aussi simple que ça tu sais. Toute puissante que soit ta famille, il faudrait une bonne raison pour qu’elle mette sa réputation en jeu pour sauver un équipage de pirates.
-Le fait de m’avoir sauvé devrait peser dans la balance tu ne crois pas ?
-Pour ta famille oui Reyan, mais pour les autres royaumes ? Tu crois que ta famille serait prête à déclencher une guerre simplement pour sauver l’équipage de la Lune Noire ? Il faudrait autre chose en plus …
-Ah … peut être … peut être qu’ils ont réussi à s’échapper ! »

L’adolescent tenta de montrer plus d’enthousiasme qu’il n’en avait réellement, mais Jess n’avait pas beaucoup d’espoir à ce sujet et cela se voyait sur son visage.

« -Non, ça, il n’y a aucune chance … absolument aucune … à moins d’un hasard ils sont même déjà probablement prisonniers. »

Un instant le jeune aveugle se dit que s’il avait été là ça aurait pu être différent, et puis, il chassa cette idée de son esprit en secouant la tête. Qu’il ait été là ou non, le résultat aurait été le même, à plus ou moins long terme. Un soupir lui échappa alors qu’il se dirigea jusqu’à l’une des couchettes et se laissa tomber dessus.

« -C’est … sans espoir … La seule chose que nous, nous pouvons faire, c’est rester en vie …»

Rey l’observa un moment, avant de s’approcher de la petite lucarne qui s’ouvrait sur le pont du navire.

« -Dis, pourquoi tu n’aimes pas les aristocrates ? J’en suis un moi aussi …
-Tu en es un, Yann aussi en est un … Mais si je ne les aime pas, c’est d’ordres privés … on peut dire que vous êtes tous les deux l’exception qui confirme la règle …
-Yann est un noble ? »

La surprise perçait dans la voix de l’adolescent, et Jess tourna la tête vers lui, un léger sourire aux coins des lèvres, même si ses yeux, eux, n’arrivaient plus à sourire.

« -Tu veux que je te raconte une histoire ?
-Si ça concerne Yann, oui je veux !
-Ca concerne Yann, et le capitaine de l’Othello aussi … tient, d’ailleurs on peut l’ajouter à la liste des quelques nobles que j’apprécie. »

L’aveugle avait noté l’enthousiasme soudain du gamin, et il s’assied pour lui laisser une place, avant de fermer les yeux, l’air un peu pensif.

« -Tout ça remonte à … une dizaine d’années peut être … peut être un peu moins. Yann Courtier … non … Yann de Courtier … est le fils unique d’une grande famille de je ne sais plus quelle province. Il parait qu’il était un vrai coureur de jupons à cette époque. Le genre qui ne se case jamais.
-Mais, un vrai noble ? Qui côtoie la cour et tout ça ?
-Oui, un vrai de vrai, qui respectait les lois et même plus encore, qui tentait de les faire appliquer. C’est surprenant quand on le connait maintenant hein ?
-Très oui … et il s’est passé quoi pour qu’il devienne un pirate ?
-Je ne sais pas réellement si c’est à moi de te raconter ça … mais bon … ça ne peut pas faire de mal de toute façon. Un jour, durant une réception, Yann a rencontré une jeune fille, et il a eu envie de l’avoir. Mais pas comme il avait eu envie d’avoir les autres jusqu’à présent. Il la voulait réellement, comme … »

Jess sembla réfléchir un moment, cherchant le terme approprié, avant de finalement reposer les yeux sur Rey.

« -On pourrait dire qu’il a eu un coup de foudre pour elle. Elle a, parait-il, réussi à faire ressentir des choses inconnues à Yann. Et surtout, contrairement à toutes les autres avant, elle, elle ne voulait pas de lui. Elle le connaissait de réputation, et n’avait pas envie d’être un nouveau trophée à son tableau de chasse. Il a fallu longtemps à Yann, vraiment très longtemps, pour réussir à obtenir ce qui s’approchait le plus d’un rendez-vous avec elle, et pour que ça marche, il a fallu qu’il accepte que le frère de la belle soit là pour ce premier rendez-vous. Je sais qu’il a déployé des trésors de patience, de belles paroles, mais aussi de charme pour réussir à obtenir d’autres rendez-vous. Au début, le frère de cette jeune femme était toujours là, et puis, peu à peu, tous les deux, le frère et la sœur, ils ont commencé à comprendre que Yann était sérieux. Il n’y avait plus le moindre bruit courant sur ses conquêtes d’une nuit, même en faisant des recherches il n’était plus possible de le prendre à défaut. Et un soir, Yann eut le droit à un rendez-vous, seul à seul avec celle qui avait réussi à lui voler son cœur.
-Mais... où elle est ?
-J’y viens … un petit peu de patience. Les rendez-vous ont continué pendant quelques mois, et puis un jour, Yann c’est présenté devant le père de la jeune fille, venant demander sa main. Je sais qu’au début, son père s’y opposa, obligeant Yann à patienter, non pas qu’il ne soit pas d’accord pour que les deux tourtereaux se marient, simplement, il voulait attendre un peu pour être sûr que celui qui voulait lui voler sa fille soit honnête.
-Et il a réussi ?
-Oui … »

Cette fois, Jess se tut un long moment … laissant les secondes se transformer en minutes, avant de poser son regard sur la porte de la cabine, comme si il attendait qu’elle s’ouvre et … comme par magie, c’est ce qui se produisit, et Lloyd se glissa dans la cabine, les yeux fixés sur les deux hommes présents.

« -Oui il a réussi, Yann a épousé ma sœur.
-Votre … sœur ?
-Oui ma sœur … »

L’adolescent fixait le capitaine de l’Othello avec de grands yeux, comme si quelque chose lui échappait, avant de reposer son regard sur Jess, attendant que celui-ci reprenne son histoire.

« -Ils se sont mariés en grande pompe, c’était un événement attendu parait-il. Une femme avait enfin réussi à passer corde au cou de l’héritier de la famille Courtier. Mais … ça n’a pas durée.
-Pas durée du tout même … »

La voix de Lloyd était basse, un peu comme s’il se contentait d’appuyer les paroles de Jess. Le jeune aveugle posa son regard sur lui, comme s’il guettait son assentiment, avant de reprendre la parole.

« -L’attaque a eu lieu juste après le mariage, alors que la cérémonie venait juste de finir … Je ne sais pas trop comment ils ont fait pour attaquer sur terre. Durant cette attaque, la femme de Yann perdit la vie … C’est comme ça que Yann a changé, et qu’il est devenu un pirate … il voulait un moyen de venger de la mort de celle qu’il aimait … »

Rey le fixa un moment, avant de souffler à voix basse.

« -C’est … le capitaine de l’Aliénor qui a fait ça ? »

Juste un instant, Jess et Lloyd se fixèrent, avant que le plus vieux des deux ne reprennent la parole.

« -C’est lui oui, lui qui a tué de ses propres mains ma sœur, et qui a osé donner son prénom à ce navire avec lequel il fait tant de mal … »
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MessageSujet: Re: Lune Noire   Sam 11 Mai - 18:01

Partie IV
Le Procès

« -Maitre Reyan, maitre Reyan, venez vite, votre père vous demande ! »

Le jeune homme aux cheveux châtains tourna la tête en direction du domestique qui accourrait vers lui, et leva la main, lui signalant qu’il avait entendu, avant de tourner la tête vers son compagnon, un peu plus âgé que lui.

« -Ça te dérange de rester là ? »

Alors que l’homme à ses côtés secouait la tête, le domestique tout essoufflé repris la parole.

« -Vous aussi monsieur, venez, c’est important, et ça vous concerne tous les deux a dit le maitre ! »

Jess fronça doucement les sourcils, avant de suivre Rey qui lui-même suivait le domestique. Ça faisait déjà deux mois qu’ils étaient arrivés dans le royaume de Rey, et jusqu’à présent, ils n’avaient rien pu faire, rien du tout. Deux mois qu’ils attendaient, l’un comme l’autre, des nouvelles, quelles qu’elles soient, bonnes ou mauvaises, au final peu leurs importait, du moment qu’ils obtiennent enfin quelque chose de concret. Juste une chose qui leurs permettrait enfin de sortir de l’incertitude. Malheureusement, à force d’attendre, même s’ils ne le disaient pas, ils commençaient tous les deux à désespérer.

Peut-être que cette fois ça allait être différent … peut être … Jess resta silencieux alors qu’il emboitait le pas à Reyan, repensant à leur arrivée à cet endroit. Si quelqu’un lui avait dit un jour qu’il se retrouverait dans une cour royale, il ne l’aurait jamais cru … et pourtant … lorsqu’ils avaient débarqué en Angleterre, Lloyd leur avait adjoint l’un de ses matelots pour les conduire jusqu’à la maison de l’oncle de Rey. La réaction de celui-ci avait été comique, durant un instant, il avait cru avoir à faire à un fantôme, avant de se rendre compte que son neveu était bel et bien vivant. Une fois sur qu’il ne leur arriverait rien, le matelot avait pris congé, sous les remerciements des deux jeunes gens, puis Rey avait demandé à son oncle s’il pouvait les faire aller jusqu’à chez lui. Ce que celui-ci s’était empressé d’accepter. Jess s’était même fait la remarque qu’il avait peut être accepté un peu trop vite d’ailleurs, mais au final, ça ne le concernait pas réellement, surtout que, rien ne lui prouvait qu’il allait pouvoir rester avec Rey, même si celui-ci le lui avait proposé. Malgré tout, il l’avait suivi sans trop poser de questions, s’enfermant progressivement dans un silence que son cadet avait du mal à percer, jusqu’à ce qu’ils arrivent au palais. La méfiance instinctive de l’aveugle avait repris le dessus au moment où le seigneur des lieux, après s’être enthousiasmé devant le retour de son fils, lui avait demandé son nom.

« -Jess Lancaster, messire. »

Rey avait été surpris par le ton froid employé par son camarade, avant de se souvenir de ce qu’il lui avait dit sur le bateau, qu’il n’aimait pas les aristocrates. Bien qu’il ne puisse pas voir les regards posés sur lui, le châtain avait pu les sentir sans le moindre souci, et malgré l’animosité présente, il n’avait pas baissé le regard, un peu comme s’il défiait l’homme face à lui. Les quelques personnes présentes avaient vu les sourcils du souverain se froncer devant le ton employé, sans que pour autant il ne fasse de remarque.

« -Eh bien, enchanté de vous rencontrer monsieur Lancaster, et merci à vous d’avoir accompagné mon fils jusqu’ici, vous êtes le bienvenu tant que vous le souhaiterez.
-… Merci à vous … »

L’homme d’un certain âge fixa Jess un moment, comme s’il tentait de le jauger, avant que celui-ci ne détourne le regard et fasse un pas en arrière, laissant Rey expliquer à son père ce qui lui était arrivé. Et bientôt, l’attention de tous fut fixée sur l’adolescent qui s’exprimait avec une aisance qu’il n’avait pas montré sur le bateau. Il semblait même plus … volubile, comme s’il avait fait ça toute sa vie. Lorsqu’il eut fini son exposé, mettant réellement en avant la participation de Yann à son sauvetage, il appuya tellement sur cet aspect, que son père comprit que l’homme lui tenait à cœur, réellement à cœur … et ça, même si Rey lui-même n’en avait pas conscience. L’homme à l’air noble et aux cheveux grisonnants lui avait promis qu’il ferait tout son possible pour retrouver l’équipage de la Lune Noire avant qu’il ne soit trop tard. Mais peut être que ça l’était déjà … trop tard …

Combien de fois avaient-ils été appelés ainsi ? Les deux garçons en avaient perdu le compte à présent, et rien ne leur prouvait que cette fois serait différente des précédentes. Pourtant, alors qu’ils s’approchaient de la salle du trône, Rey ne pouvait s’empêcher d’y croire, comme si son instinct lui soufflait que cette fois ça allait être la bonne. Lorsque le garde posté devant la porte leur ouvrit, il tremblait sous l’impatience. Et puis, il se figea brusquement à la vue des personnes présentes. Il s’était attendu à ce que son père soit seul, comme les fois précédentes, mais ça n’était pas le cas. Il sentit Jess le percuter légèrement alors qu’il c’était arrêté sans prévenir.

« -Ah ! Vous êtes là tous les deux ! Tant mieux. Approchez-vous, j’ai pensé que ce que ces marins venaient de m’apprendre pourrait vous intéresser. »

L’adolescent hocha la tête, et entraina Jess derrière lui, jusqu’à la table qui ornait la pièce pour une fois. Et lorsque tous eurent pris place, celui qui semblait être le chef des marins pris la parole.

« -J’ai entendu dire que vous offriez une récompense si quelqu’un était capable de vous apporter des renseignements sur une bande de pirates, et … je crois que nous les avons vu. »

L’homme se tut un moment, alors que Rey le fixait avec une acuité nouvelle. Ça n’était pas la première fois que quelqu’un, appâté par la promesse d’une récompense, venait dire qu’il savait des choses sur l’équipage de la Lune Noire, mais jusqu’à maintenant, son père avait fait barrage, empêchant tout ceux qui venaient là juste pour l’argent d’approcher trop, alors c’est que celui-ci devait savoir réellement quelque chose.

Fier de son effet, l’homme mit un petit instant avant de reprendre la parole, un petit sourire au coin des lèvres.

« -Il y a deux semaines de ça, nous étions dans le port d’Ys, et il y a un bruit qui courrait. Ils avaient attrapé des gros poissons qu’ils disaient, enfin les autorités je veux dire … ils étaient vraiment super fiers d’eux, comme s’ils avaient fait la prise du siècle. Alors, on est curieux mes hommes et moi, et on tente de se renseigner, et là ils nous disent qu’un procès va être organisé, pour des pirates ! Ca arrive tellement peu souvent que tout le monde en parlait. D’habitude, les pirates ils les coulent sans sommation, sur place. Mais là il parait que le capitaine du bateau c’était un noble, alors lui, il a droit à un procès. C’est intéressant hein ? C’est ça que vous vouliez savoir ?»

Le silence qui s’installa un instant dans la pièce troubla le marchand qui laissa son regard passer sur chacune des personnes présentes en quête d’une réponse, et puis, la voix de Rey s’éleva.

« -Quand ? Il va avoir lieu quand ce procès ? »

L’intérêt que le marchand lut sur le visage de l’adolescent lui fit comprendre qu’il avait probablement touché le gros lot.

« -Avant de vous donner ce renseignement, je veux savoir, la récompense, je vais l’avoir ? »

Un sourire éclaira le visage du père de Reyan, qui se leva pour se placer entre son fils et le marchand.

« -Répondez à la question de mon fils, et vous obtiendrez ce que vous voulez.
-… il a dû commencer ce matin.
-On en a pour combien de temps, à aller d’ici à Ys ? Combien ?»

L’urgence perçait dans la voix de l’adolescent qui fixait tour à tour le marchand, son père et Jess. Et ce fut ce dernier qui prit la parole en premier.

« -Par la mer il faudrait 3 jours, mais par la route on pourrait y être en quelques heures seulement.
-Alors … la question ne se pose pas … »

Un hochement de tête unanime répondit à l’adolescent, signe simple, mais lourd de sens. Avant que le père de celui-ci ne reprenne malgré tout la parole.

« -Il faut vous dire, à tous les deux, que rien ne prouve que nous arriverons à temps, quand bien même nous partirons aussi rapidement que possible. Généralement les autorités ne s’embarrassent pas de procès pour les pirates, qu’elles le fassent là n’est pas forcément bon signe.
-Mais ça nous laisse quand même un peu de temps … »

L’homme d’un certain âge tourna la tête vers son fils, laissant échapper un léger soupir alors qu’il hochait la tête. Si une part de lui était heureuse de voir celui-ci en bonne santé, et grâce à ces pirates dont il ne cessait de parler, une autre se demandait si tout dans son fils unique était bien normal. Il se rendait parfaitement compte que son fils ressentait plus que de la gratitude envers l’homme dont il ne cessait de parler. Il était aussi sur que celui-ci n’en avait pas encore conscience, et une autre part de lui espérait qu’il ne s’en rende jamais compte.

Ce n’était pas tant le fait que celui qui avait enfin réussi à voler le cœur de son fils soit un homme qui le dérangeait, mais bien plus l’idée que celui-ci allait cesser de lui appartenir d’ici à quelques années. L’homme fixa un instant les deux jeunes homes, puis les marchands, avant d’un geste congédier ces derniers.

« -Mon intendant va s’occuper de vous donner votre récompense. »

Les yeux du marchand s’illuminèrent à la mention de l’argent qu’il allait recevoir, et un court instant il tourna les yeux vers son acolyte, avant de se diriger vers l’homme âgé qui se présentait à présent devant eux.

Dans le même temps, Reyan c’était tourné vers Jess, comme s’il le jaugeait du regard, avant que tous les deux ne se mettent en mouvement d’un même pas, rejoignant le père de l’adolescent. Ni l’un ni l’autre n’étaient réellement sûrs de ce qui allait les attendre, mais l’inactivité avait tendance à les rendre comme des lions en cage. Si Jess avait l’habitude de partir en laissant tout en plan derrière lui, ça n’était le cas ni du père de Reyan, ni de ce dernier, et les préparatifs prirent trop de temps au gout de l’aveugle, qui malgré cela rongea son frein en silence. Une part de lui comprenait bien que tous n’aient pas sa vision des choses, et il comprenait aussi de la même façon que les autres se faisaient autant de soucis que lui.

Il fallut deux bonnes heures aux autres membres de l’équipée qui allait partir pour être prêts. Cela devait représenter un record pour des hommes habitués à préparer leurs voyages plusieurs semaines, voire même plusieurs mois à l’avance … Malgré cela, ces deux heures, aussi infimes soient-elles, risquaient de couter la vie de l’équipage de la Lune Noire, et même sans elles, rien ne prouvait qu’ils arrivaient avant que l’irréparable ne soit fait.

Lorsqu’ils prirent place dans l’espèce de carrosse, Reyan pouvait sentir son cœur battre la chamade à cause de l’angoisse, mais pas seulement, il ressentait une excitation qu’il n’était pas capable de s’expliquer. Tout en lui voulait, souhaitait, espérait, qu’ils n’arriveraient pas trop tard, mais aussi que leurs voix jointes auraient assez d’impacts pour stopper ce procès.

Depuis son retour, il avait étudié autant qu’il en était capable les différents procès qui avaient eu lieu. Sa première découverte, et première déconvenue, avait été de découvrir que généralement les pirates n’avaient pas droit à des procès, et que quand cela arrivait, il s’agissait uniquement de simulacre, rien de plus. Juste de quoi rassurer quelques personnes, de quoi montrer que la justice n’agissait pas comme ces mêmes pirates qu’elle combattait. Un soupir s’échappa des lèvres de l’adolescent alors qu’il fixait la route, et puis il posa les yeux sur son père.

« -Tu crois que nous arriverons à temps ? »

L’homme laissa passer un moment avant de répondre, alors qu’à côté le jeune aveugle avait relevé la tête et le fixait lui aussi de son regard étrange. Le souverain de tout un royaume ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise sous ce regard. Un peu comme si les yeux aveugles de Jess pouvaient voir ce que personne ne pouvait voir, et puis finalement il prit la parole.

« -Honnêtement, je ne sais pas, mais si j’avais dit qu’il était trop tard, tu m’en aurais voulu, et tu aurais fait le trajet sans moi, et je n’ai pas envie de te perdre des yeux, pas une nouvelle fois. »

Ça n’était pas la réponse que Reyan avait envie d’entendre, loin de là même, mais il savait que son père ne lui aurait jamais menti, aussi étrange que cela puisse paraitre, et il s’attendait à une réponse de ce genre.

Du coin de l’œil, il vit Jess tourner à son tour la tête vers la vitre, comme s’il pouvait voir le paysage défiler, et sans avoir autre chose à faire, il fit de même, se remettant à observer les arbres qui succédaient aux arbres, les routes qui s’entrecroisaient sans que les chevaux ne ralentissent leur course. Cela devait paraitre étrange aux innombrables personnes que l’équipage croisait, lorsqu’il arrivait au chef du royaume de quitter sa ville, il prenait généralement le temps de voyager alors que là il semblait avoir les chiens de l’Enfer aux trousses.

~

Les remparts de la ville fortifiée commençaient à se dessiner à l’horizon alors que le trajet qui normalement aurait dû leurs prendre plusieurs jours n’avaient duré que quelques heures. Ces heures, pourtant infimes, avaient paru durer une éternité aux trois personnes à l’intérieur de la voiture. Ils avaient du changer de chevaux à plusieurs reprises, ceux qu’ils avaient en partant de la demeure de Rey n’avaient pas réussi à faire tout le trajet, mais c’était grâce à cela qu’ils étaient finalement arrivés.

« -Vous croyez qu’on est arrivé à temps ? »

Les regards des deux autres se tournèrent vers Jess, chacun se posait la même question, sans avoir de réponse à y apporter, et finalement, ce fut le père de Rey qui pris la parole.

« -Je ne sais pas, le seul moyen que nous avons de le savoir, c’est de nous rendre sur la place publique, vu que d’après ce que nous savons, ce procès a lieu en public … pour que tout le monde puisse voir que la marine fait son travail de temps en temps ….
-Son travail … Vous savez où est la place publique vous ? »

Un hochement de tête qu’il ne put pas voir lui répondit, alors que le carrosse prenait, au pas cette fois, l’avenue centrale de la ville. Grâce aux armoiries sur les portes, absolument personne ne chercha à les arrêter avant qu’ils n’arrivent à proximité de leur destination. Là, comme pour répondre à leur question, des gardes les arrêtèrent, leur signalant qu’en raison du procès qui se tenait à cet instant, ils ne pouvaient pas continuer dans leur voiture.

« -Nous sommes loin encore ? »

Le ton du père de Rey était autoritaire, assez pour que le garde sache qu’il ne devait pas ne pas répondre.

« -A 100 mètres d’ici … il suffit de suivre la foule, vous ne pouvez pas le manquer … surtout qu’il est presque fini, la sentence va être rendue d’une minute à l’autre … il faudrait un miracle pour que ces types soient sauvés, au moins pour une fois la justice va être faite ! »

Avec un rire, l’homme se détourna sous le regard des trois autres, et puis Rey tourna la tête vers son père.

« -Il faut qu’on se dépêche … sinon …
-Ça sera trop tard … »

Un instant Rey fixa Jess qui avait terminé sa phrase, avant de lui attraper la main et l’entrainer derrière lui en courant, les yeux littéralement rivés devant lui. Juste derrière il pouvait entendre son père les suivre, il fallait qu’ils arrivent à temps, ils ne pouvaient pas avoir fait tout ce chemin en si peu de temps pour arriver juste au moment où la sentence serait donnée et probablement appliquée …
Ils n’eurent pas réellement de mal à trouver le centre de la place, suivant simplement la foule qui se massait, de plus en plus impressionnante, vociférant … attendant avec hâte une sentence qu’elle pensait connaitre à l’avance.

Avec une légère surprise, Reyan sentit la prise de Jess sur sa main se raffermir, et sans pouvoir s’en empêcher, il lui jeta un coup d’œil. Au milieu des cris de la foule, le jeune aveugle avait pali au fur et à mesure, et à présent il était blanc comme un linge. Il fallut quelques instants à l’adolescent pour comprendre, pour se rendre compte que l’aveugle entendait les mots échangés par cette masse mouvante, et que si lui-même ne comprenait rien, ça n’était pas le cas de Jess. Un terrible pressentiment le pris alors qu’ils surgissaient finalement au centre de la place, juste sur le devant.

Juste sous leurs yeux, qu’il voit ou non, se tenait une estrade et sur cette estrade une partie des membres de l’équipage se balançait au bout de cordes. Un cri étouffé s’échappa des lèvres de Rey alors qu’il cherchait avidement à reconnaitre les visages rendus étrange par la mort qui les avait pris brutalement.

« -On … on est arrivé … trop tard …
-Non ! »

Rey sursauta sous l’exclamation de Jess, et réussi à détourner son regard des corps pour se fixer sur le jeune homme. Et sans pouvoir s’en empêcher il lâcha sa main. A force de la côtoyer, il lui était arrivé d’oublier que Jess était lui aussi un pirate, mais là il ne pouvait le nier … Il possédait le même air farouche que Yann lorsqu’il l’avait vu donner l’ordre de forcer le passage sur la Colombe, et le même air que Kal avait lorsqu’il avait dit à Jess de ne pas rester avec lui.

« -Ils ne peuvent pas être morts … on ne peut pas avoir fait tout ce trajet pour rien … »

Malgré l’expression qu’il abordait, et malgré le sentiment de respect qu’il imposait brusquement à Rey, celui-ci ne put se cacher le désespoir qu’il sentait poindre dans sa voix. Jess essayait tout autant de se convaincre qu’il tentait de convaincre l’adolescent. Adolescent qui le vit fermer les yeux, et se concentrer alors qu’il tournait la tête dans toutes les directions, cherchant à capter le moindre son, et puis brusquement il vit son visage s’éclairer, d’un seul coup, alors qu’en même temps il rouvrait les yeux, et pointait son doigt dans une direction.

« -Là bas … »

Sans poser de question, le père de Rey c’était approché à son tour, et sans un mot inutile il prit la direction que l’aveugle désignait, Rey et ce dernier lui emboitant le pas en silence. Bizarrement, la foule avait cessé de vociférer et se reculait pour les laisser passer. Et sans la moindre difficulté, ils se retrouvèrent brusquement sur le devant, à quelques pas de l’estrade. Pourtant, Jess ne s’arrêta pas et entraina les deux autres sur la droite de l’estrade, jusqu’à une petite porte, avant de fixer le père de Rey.

« -Ils sont là … je … je les entends … »

Un hochement de tête lui répondit et le père de Rey leva la main, frappant avant d’entrer dans la pièce sans attendre la réponse. Les deux garçons le suivirent, Rey refermant la porte derrière lui. Juste sous leurs yeux se tenaient cinq hommes, trois soldats et … Yann et Kal. Tous fixaient d’un air incrédule les personnes qui venaient d’entrer, l’un comme l’autre c’était fait à l’idée que tout était fini, et bizarrement, voir ces personnes entrer d’un coup, comme surgit d’un rêve, leurs paraissait encore plus bizarre.

« -Qu’est-ce que vous voulez ? »

Le ton de l’homme était sec, alors que ses deux comparses avaient porté leur main à leurs armes. D’un geste, le père de Reyan tranquillisa tout le monde, avant de se présenter, un silence quasi religieux ponctuant ses mots. Il laisse passer un peu de temps, avant de se tourner vers son fils, lui indiquant d’un signe de s’approcher. Obéissant, Rey se posta juste à côté de lui, et d’une voix égale se mit à raconter son histoire, omettant simplement les passages dont il n’était pas capable de parler, ni à son père, ni à des inconnus.

« -Sans ces hommes mon fils serait probablement mort à l’heure qu’il est, je suis venu vous demander grâce pour eux … »

Le silence s’abattit dans la salle, alors que le regard fatigué de Rey se posait tour à tour sur Mia et sur Yann, un sourire tendre apparaissant sur ses lèvres.

« -J’ai toujours du mal … du mal à réaliser la façon dont vous êtes arrivés tous les trois, juste à temps pour nous sauver Kal et moi .. »

Dans l’obscurité qui commençait à s’installer dans le petit bureau où se trouvait les trois amis, les yeux ébènes de Yann luisaient étrangement alors que celui qui avait été un adolescent s’approchait et posait un baiser chaste mais tendre sur ses lèvres, comme pour lui prouver, comme pour se prouver, que tout ceci n’était plus qu’un mauvais rêve …


Fin ~
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